Yaoundé: Quand l’insécurité devient le quotidien des populations
La capitale camerounaise voit sa sécurité quotidienne s’éroder, une situation qui interroge à quelques jours de la visite au Cameroun du souverain pontife, Léon XIV.
Le constat est sans appel. Yaoundé n’est plus un sanctuaire pour ses habitants. Pas plus tard que ce 3 avril, Jessica, employée enceinte de la Communauté urbaine, a été sauvagement assassinée chez elle, et le 18 mars, Divine Mbarga, 11 ans, a été violée et tuée dans son quartier de Nkoabang. Ces drames horribles qui défraient la chronique ne sont pas des faits isolés, mais des signaux d’alerte d’une violence qui s’installe durablement au cœur de la capitale camerounaise.
L’insécurité à Yaoundé a connu une recrudescence ces dernières années. Les agressions à main armée, les cambriolages, les féminicides et les violences contre les enfants se multiplient. Les quartiers populaires et périphériques, souvent mal desservis par la police, sont particulièrement touchés, mais même les zones centrales ne sont plus épargnées. Les victimes sont les plus vulnérables : femmes seules, enfants, personnes âgées ou travailleurs exposés dans des services publics et privés. La criminalité est désormais devenue imprévisible, brutale et omniprésente.
Les causes de cette montée de la violence sont multiples et structurelles. D’une part, l’urbanisation rapide de la ville n’a pas été accompagnée d’infrastructures de sécurité adaptées : absence de patrouilles suffisantes, faiblesse des dispositifs de prévention et manque de surveillance dans certains quartiers. D’autre part, le système judiciaire peine à être efficace : enquêtes lentes, poursuites souvent reportées et sanctions peu dissuasives laissent les auteurs de crimes libres ou impunis. À cela s’ajoutent des facteurs sociaux et économiques : pauvreté, chômage, tensions familiales et violences domestiques, qui créent un terreau favorable aux actes criminels.
Cette situation devient encore plus préoccupante alors que le Cameroun se prépare à accueillir des événements internationaux, dont la prochaine visite du pape. Comment garantir la sécurité de milliers de visiteurs et celle des citoyens si des crimes horribles continuent de se produire au cœur de la capitale ? La question n’est pas seulement symbolique, elle touche directement la confiance des populations dans l’État et la cohésion sociale.
Souvent impuissant, voire complice pour certains, le gouvernement, face à cette situation a pris l’habitude de se contenter de communiqués laconiques pour marquer l’indignation officielle, là où les populations attendent des mesures concrètes. Il est donc urgent que le Cameroun adopte une approche globale et structurée de la sécurité. Des actions tangibles sont nécessaires : augmentation et formation des forces de l’ordre, meilleure coordination avec la justice, dispositifs de protection pour les populations vulnérables, campagnes de sensibilisation et politiques de prévention de la violence. Car tant que les mesures resteront symboliques, le cycle de la peur et de l’impunité se poursuivra, et d’autres tragédies comme celles de Jessica et Divine continueront de secouer le pays.
En autre, les faits observés et décriés à Yaoundé ne sont que les manifestations les plus visibles d’un phénomène qui touche l’ensemble du Cameroun. Dans de nombreuses villes et régions du pays, les citoyens vivent avec la peur quotidienne des agressions, des vols et des violences domestiques.
J.E

