Hermine Tomaïno Ndam Njoya: Face aux défis de l’opposition
Dans une déclaration publiée le 9 septembre 2026, la présidente nationale de l’UDC élargit le débat à l’état de la démocratie camerounaise.
Le timing n’est pas anodin. Alors que le paysage politique camerounais vient d’être secoué par l’annonce de la démission de Maurice Kamto de la présidence du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Tomaïno Ndam Njoya choisit de prendre la parole. Mais contrairement aux commentaires qui se sont multipliés depuis le 8 septembre, la présidente de l’Union démocratique du Cameroun (UDC) refuse de réduire l’événement à une crise interne au MRC. Dans une déclaration rendue publique le 9 septembre 2026, elle dit ne pas vouloir interpréter les motivations de Maurice Kamto ni intervenir dans la vie d’une formation concurrente. Son propos se veut davantage institutionnel : ce qui arrive à un parti politique concerne, selon elle, l’ensemble des démocrates.
Cette sortie intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’opposition. Maurice Kamto a annoncé son départ de la présidence du MRC avec effet immédiat, tout en restant membre du parti. Son premier vice-président, Mamadou Mota, a également quitté ses fonctions. Le MRC doit désormais préparer une nouvelle direction, alors que le parti se trouve à quelques mois des prochaines élections législatives et municipales. C’est dans cette actualité que le discours de Tomaïno Ndam Njoya prend une dimension particulière. Elle déplace le curseur : au lieu de s’attarder sur le sort d’un homme ou d’un parti, elle interroge les conditions dans lesquelles les formations politiques exercent leur activité au Cameroun.
Elle dénonce ainsi la fragilisation des partis, les contestations récurrentes de la légitimité de leurs responsables ainsi que les pressions et intimidations dont pourraient être victimes leurs militants. Pour elle, lorsque les acteurs politiques consacrent davantage d’énergie à défendre leur droit d’exister qu’à défendre leurs programmes, c’est la compétition démocratique elle-même qui s’en trouve affaiblie. Cette posture n’est pas totalement nouvelle chez cette figure de l’UDC. Depuis plusieurs décennies, le parti fondé par Adamou Ndam Njoya s’inscrit dans le champ de l’opposition camerounaise. À la tête de cette formation, Tomaïno Ndam Njoya revendique une ligne qui associe engagement politique, patriotisme et défense du pluralisme.
Maire de Foumban et ancienne députée, elle porte également une expérience institutionnelle qui nourrit son discours. Ses prises de position récentes montrent une volonté de faire de l’UDC non seulement une formation électorale, mais aussi une voix sur les questions liées au fonctionnement des institutions et à la pratique démocratique. Déjà, en août dernier, l’UDC avait interpellé les autorités sur les prolongations successives du quatrième Recensement général de la population et de l’habitat, estimant que ces reports nécessitaient davantage de transparence.
Dans sa déclaration du 9 septembre, Tomaïno Ndam Njoya franchit toutefois un nouveau palier. Elle s’adresse directement aux responsables de l’État. Son message est clair : la solidité d’un pouvoir ne devrait pas se mesurer à la faiblesse ou au silence de ses adversaires, mais à sa capacité à accepter une opposition forte. Cette ligne traduit une conception précise de la compétition politique. Pour la présidente de l’UDC, l’adversaire politique ne doit pas être assimilé à un ennemi de l’État. La confrontation doit se jouer sur les idées, les programmes et les bilans, puis être arbitrée par les électeurs.
La sortie de septembre pourrait ainsi contribuer à repositionner Tomaïno Ndam Njoya dans le débat national. Alors que la démission de Kamto ouvre une période d’incertitude au sein du MRC et, plus largement, dans l’opposition, la présidente de l’UDC se présente comme une défenseure du pluralisme plutôt que comme une bénéficiaire politique de la crise de son voisin. Son message aux militants du MRC comme à ceux des autres formations est d’ailleurs celui de la persévérance. Les difficultés politiques, estime-t-elle, ne doivent pas conduire à la résignation.
À travers cette prise de parole, Tomaïno Ndam Njoya tente donc de transformer une crise partisane en débat de fond sur la démocratie camerounaise. Une stratégie qui lui permet de replacer l’UDC au cœur de la discussion sur l’avenir de l’opposition, au moment où celle-ci cherche de nouveaux repères.
Diane Kenfack

