École en danger: La CDHC dénonce l’économie de la terreur
Entre enlèvements des enseignants et des apprenants, demandes de rançons et attaques contre les établissements scolaires, la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) alerte sur les menaces qui pèsent sur l’éducation dans les régions en proie à l’insécurité.
Plus de 77 millions de francs CFA réclamés en rançons en moins d’un an : l’école est devenue, elle aussi, une cible de l’économie de la terreur. Dans sa déclaration publiée le 9 septembre 2026 à l’occasion de la 7ᵉ édition de la Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques, la CDHC met en lumière cette réalité particulièrement préoccupante. La violence qui sévit dans certaines régions du Cameroun frappe directement ceux qui font vivre l’école.
Entre le 10 septembre 2025 et le 8 septembre 2026, au moins quatre épisodes d’enlèvements ont touché neuf membres du personnel éducatif, avec des demandes de rançon dont le montant cumulé dépasse 77 millions de francs CFA, selon les données de la Commission. Un chiffre qui donne une dimension économique à la violence et révèle la vulnérabilité croissante des enseignants et autres personnels éducatifs.
Dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, les groupes armés non étatiques et les groupes terroristes continuent de faire peser une menace sur les apprenants, les enseignants, le personnel d’appui et les infrastructures éducatives. L’école, espace consacré à l’apprentissage et à la construction de l’avenir, se retrouve ainsi prise dans les dynamiques de l’insécurité.
Pour l’instance présidée par James Mouangue Kobila, le phénomène dépasse donc la seule question des attaques. Les enlèvements assortis de demandes de rançons participent d’une véritable « économie de la terreur », susceptible de désorganiser durablement le système éducatif et d’installer la peur au sein des communautés. Lorsqu’un enseignant est enlevé, ce sont des élèves privés de cours, des familles sous pression et des communautés entières fragilisées.
La Commission s’inquiète également de la lenteur observée dans la mise en œuvre de la résolution 2601 du Conseil de sécurité des Nations unies. Adopté en 2021, ce texte constitue un instrument majeur pour la protection des écoles et établissements d’enseignement contre les attaques et leur utilisation à des fins militaires en période de conflit.
La prévention des attaques, la préservation du caractère civil des établissements, la protection des apprenants et du personnel éducatif, mais aussi la collecte des données, les enquêtes et les poursuites contre les auteurs des violations figurent parmi les principaux défis identifiés.
Cette situation intervient alors que le Cameroun a accepté, en mars 2024, 220 recommandations lors de l’adoption de son rapport au 4ᵉ cycle de l’Examen périodique universel. Six de ces recommandations portent spécifiquement sur la protection de l’éducation contre les attaques.
Afin d’enrayer cette spirale, la CDHC appelle également à renforcer les mécanismes de sortie de crise. Elle recommande notamment au Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration (CNDDR) d’intensifier ses actions d’information, de sensibilisation et d’accompagnement en direction des membres des groupes armés prêts à renoncer à la violence.
La Commission appelle par ailleurs les membres des groupes terroristes sécessionnistes ainsi que ceux de Boko Haram à cesser immédiatement les hostilités contre les enseignants, les apprenants et les forces de défense et de sécurité, et à mettre fin aux destructions d’infrastructures éducatives. Elle les invite à déposer les armes et à rejoindre les centres du CNDDR afin de bénéficier des programmes de resocialisation, de formation professionnelle et de réinsertion économique.
À travers cette sortie, la CDHC rappelle donc finalement que protéger l’école, c’est aussi assécher les ressorts de l’économie de la terreur.
J.E

