« La souveraineté ne se marchande pas »: À Monseigneur Kleda

Monseigneur,

C’est avec beaucoup de vénération que nous réagissons à votre message Urbi et Orbi de ce dimanche 10 août 2025 à Douala. Nous ne doutons pas de votre amour ni de votre compassion à l’endroit des Camerounais. Pour preuve, votre potion anti-COVID, qui aura sauvé de nombreuses vies camerounaises en 2020 et 2023.

Mais de grâce, ne vous placez pas dans l’attitude de ceux qui se constituent en points d’ancrage pour des puissances, comparables à des baleines, qui s’affrontent pour annihiler la souveraineté du Cameroun et ramener ce pays dans les abysses de la colonisation.

Le Cameroun est un État démocratique. Comprenez-le à votre manière, puisque la démocratie n’a pas d’étalon universel. Toutefois, notre Constitution consacre le pouvoir souverain du peuple camerounais. Il serait regrettable de votre part de déresponsabiliser ce peuple face à son droit fondamental : choisir, par le suffrage universel, ses dirigeants et ses représentants institutionnels.

Avez-vous déjà vu un Camerounais arrêté pour n’avoir pas voté pour tel ou tel autre candidat lors d’une élection démocratique ? Permettez aux citoyens d’intervenir souverainement dans le jeu de l’alternance au sommet de l’État. Et si vous tenez à utiliser l’allégorie de l’Armageddon comme synonyme de coup d’État, eh bien, sachez que les Camerounais qui aiment leur pays ne vous le toléreront pas.

Certes, un prêtre nommé Camilo Torres a rejoint la guérilla en Colombie pour défendre une révolution d’inspiration castriste… sans suite notable. Ce ne serait pas votre voie, espérons-le. Vous souvenez-vous de ce député névrosé qui s’était autoproclamé président du Venezuela, soutenu par certaines puissances occidentales ? Qu’en est-il advenu ? Rien. Le peuple vénézuélien a dit non. Le président Maduro vient d’être réélu pour un troisième mandat à la tête du pays.

Monseigneur,

Nous vous invitons humblement à respecter la souveraineté du peuple camerounais.

Aux présomptueux qui voudraient vous mêler à un complot sanglant contre cette souveraineté, dites-leur non !

Parler de démocratie, c’est aussi reconnaître la liberté d’expression et d’opinion. Les Camerounais de votre camp doivent respecter les opinions de leurs concitoyens. Ils s’affronteront aux urnes, dans le respect, pour un intérêt commun.

Ne piétinez pas une cause nationale aussi forte, aussi cruciale que l’alternance au sommet d’un État de plus de 30 millions d’habitants.

Puisse le Seigneur vous accorder la concentration nécessaire pour bâtir une Église pure, fraternelle et solidaire.

Avec espoir,

Fraternellement,
Polycarpe Xavier Atangana, Militant des droits de l’homme

 

 

« Ce n’est pas la fraude qui fait gagner le pouvoir, c’est l’abstention »

De toute sa lettre pastorale, c’est le point 16 qui retient l’attention du public. Au sujet de l’élection présidentielle au Cameroun, l’archevêque rapporte la pensée populaire selon laquelle les résultats sont connus d’avance. Ce faisant, il assène un coup de massue à l’opposition camerounaise et apporte un soutien inespéré à l’autocratie régnante. Laisser croire que les élections ne servent à rien est une communication négative dans une République.

C’est parce que les gens tiennent ce discours que le peuple, enragé, ne va pas voter massivement, et que le régime en place s’éternise au pouvoir depuis 43 ans. Monseigneur Kleda n’a pas le droit d’encourager l’abstention massive. Il doit repréciser sa pensée et éviter de sombrer dans l’émotivité nocive d’une certaine opinion, qui finit par poser des actes favorables à son propre bourreau.

Voici les faits et les chiffres : Paul Biya est Président de la République par la volonté de seulement 7 % de la population. Où sont les 93 % d’autres Camerounais pourtant enragés ? Deux réponses probantes : les uns ne se sont pas inscrits sur une liste électorale, et près de la moitié de ceux qui se sont inscrits ont choisi l’abstention. Seuls 2,4 millions de Camerounais ont officiellement voté pour Paul Biya en 2018. Cela signifie que, malgré la fraude, le régime n’a pas été autant désavoué qu’il aurait pu l’être. Comment se fait-il que, sur 6 millions d’inscrits, le régime ait pu l’emporter avec seulement 2 millions de voix ?

Est-ce en raison de la multiplicité des candidats ? La réponse est NON. C’est une fuite en avant, et un coup de pouce à la propagande du RDPC, que de faire croire que l’opposition ne peut pas gagner sans coalition. Le RDPC a tout intérêt à faire croire qu’aucun candidat ne peut battre Paul Biya seul. Il pousse donc l’opposition à s’enfermer dans des conclaves qui n’aboutiront jamais à la sortie d’une fumée blanche, et qui contribuent à réduire leur temps de campagne sur le terrain.

Ainsi, si Paul Biya a réussi à se faire élire avec 2 millions de voix, c’est à cause du taux d’abstention élevé. En 2025, plus de 8 millions de Camerounais sont inscrits sur les listes électorales, et le régime est fragmenté. Ce n’est vraiment pas le moment de favoriser l’abstention massive.

Voici ce que l’on attend de l’Église en général.

L’Église dispose de réseaux à travers l’ensemble du pays. L’Église catholique, en particulier, dispose de chapelles dans tous les quartiers. Si elle appelle simplement ses catéchistes à surveiller bénévolement le vote, alors elle aurait accompli une œuvre utile pour le changement au Cameroun. Sinon, la vraie opposition, celle qui n’a jamais été à la mangeoire, n’aura jamais 900 millions de FCFA pour prendre en charge les agents électoraux le jour du vote. Il faudra près de 30 000 agents pour sécuriser le vote des Camerounais. L’Église catholique, à elle seule, peut les fournir. Et ce serait un acte citoyen. Le SDF a calculé trois agents électoraux par bureau de vote, soit environ 90 000 personnes à mobiliser pour déjouer le système Biya.

Louis-Marie Kakdeu, deuxième vice-président du Social Democratic Front (SDF)

 

 

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