Eglise catholique: Mgr Samuel Kleda décrie un jeu électoral pipé
Dans une récente lettre pastorale, l’archevêque de Douala dénonce une démocratie vidée de sens et interroge l’utilité même du vote.
À deux mois de l’élection présidentielle d’octobre 2025, la voix de l’Église catholique s’élève avec une rare intensité. Dans une lettre pastorale dense, publiée ce mois d’août, Mgr Samuel Kleda, archevêque de Douala, interpelle non seulement les fidèles et les autorités, mais l’ensemble des citoyens camerounais. Le message, ancré dans une spiritualité de paix et de justice, prend une tournure profondément politique : à quoi bon organiser une élection dont l’issue semble connue d’avance ?
C’est sans détour que le prélat questionne l’intérêt d’un scrutin qui mobiliserait entre 65 et 70 milliards de FCFA, après les 50 milliards engagés en 2018. « Pourquoi tout ce gaspillage lorsqu’on connaît déjà le vainqueur ? », s’interroge-t-il, avant de suggérer une alternative brutale : « ne pas organiser les élections du tout, si elles ne servent qu’à valider une décision prise par une minorité ». Cette déclaration, inédite dans la bouche d’un responsable religieux, intervient dans un contexte de désillusion généralisée. Le tableau dressé est sévère : corruption endémique, détournement de fonds publics, paupérisation croissante, chômage de masse et délitement des services de base. La démocratie camerounaise, selon Mgr Kleda, n’est plus qu’une façade. Il pointe une « démocratie dévoyée », vidée de son dialogue, de sa justice et de sa transparence.
Le constat est étayé par des chiffres implacables : plus de 2 000 entreprises fermées entre 2009 et 2022, un chômage galopant, une administration rongée par le favoritisme et les intérêts claniques. L’archevêque alerte sur le fossé grandissant entre gouvernants et gouvernés, nourri par l’exclusion, l’humiliation et une gouvernance perçue comme méprisante à l’égard des citoyens.
Mais loin d’un simple réquisitoire, l’appel de l’archevêque se veut aussi un appel à la responsabilité. Il exhorte à une transformation des mentalités, à une refondation éthique de la société et à la réappropriation du processus démocratique par le peuple. Aux autorités, il adresse une injonction morale : respecter la souveraineté populaire. À l’Église, il confie un rôle de vigie, appelant à s’impliquer davantage dans la construction d’une société juste.
Dans un pays où les institutions sont régulièrement accusées d’être verrouillées, Mgr Kleda relance le débat sur l’utilité du vote dans un système verrouillé, tout en plaçant l’espérance et la mobilisation citoyenne au cœur de sa démarche spirituelle.
H.T

