Michel Ange Angouing: Le magistrat dans l’arène politique

L’ancien ministre et magistrat, revient dans le débat public avec une prise de position sur la démission de Maurice Kamto.

Michel Ange Angouing n’est pas un nouveau venu dans le paysage institutionnel camerounais. Mais depuis quelques jours, son nom revient dans l’actualité politique pour une raison différente de celles qui ont jalonné sa carrière gouvernementale. Le 9 septembre 2026, dans une tribune publiée à Yaoundé, l’ancien ministre s’est exprimé sur la démission de Maurice Kamto de la présidence du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Il présente cette décision comme un « acte d’une très grande portée démocratique » et appelle à un jeu politique plus apaisé. Cette sortie intervient au lendemain d’un événement qui bouleverse l’opposition camerounaise. Le 8 septembre, Maurice Kamto a quitté la présidence du MRC tout en restant membre du parti, dans un contexte de tensions avec le ministère de l’Administration territoriale. Le parti doit désormais organiser sa succession alors que les prochaines élections législatives et municipales approchent.

Pour Angouing, l’intérêt de cette démission dépasse donc la personne de Kamto. Dans sa tribune, il estime que les responsables politiques doivent savoir privilégier l’intérêt général et celui de leur formation aux ambitions personnelles. Une lecture qui donne à sa sortie une tonalité particulière : celle d’un ancien membre du gouvernement et haut magistrat qui choisit de regarder la crise politique à travers le prisme de la responsabilité et des règles démocratiques. Avant l’homme d’État, il y a l’élève. Né le 9 février 1959 à Abong-Mbang, dans le département du Haut-Nyong, à l’Est du Cameroun, Michel Ange Angouing effectue une partie déterminante de sa scolarité à Bertoua. Il y décroche en 1978 un baccalauréat littéraire A4, série espagnol, au lycée de Bertoua. Cette formation littéraire constitue la première étape d’un parcours qui va progressivement l’orienter vers le droit et la magistrature.

Après le secondaire, direction Yaoundé. À l’Université de Yaoundé, il obtient une licence en droit privé francophone. Son parcours universitaire ne s’arrête pas là. Il intègre ensuite l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM), où il décroche en 1983 son diplôme de magistrat. Cette double formation, littéraire puis juridique, va accompagner toute sa trajectoire professionnelle. Dès ses premières années dans la magistrature, Angouing exerce dans différentes juridictions du pays. Il passe notamment par Garoua, où il travaille au tribunal de grande instance et exerce également comme vice-président du tribunal militaire. Il occupe ensuite plusieurs fonctions de procureur dans différentes villes, avant d’être nommé avocat général à la cour d’appel de l’Ouest, puis procureur général près la cour d’appel du Sud à Ebolowa en 2005.

La carrière judiciaire finit par conduire Michel Ange Angouing vers le gouvernement. Le 9 décembre 2011, il est nommé ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative dans le gouvernement de Philémon Yang. Il conserve ce portefeuille après le remaniement de 2015 et quitte finalement le gouvernement en 2018. Son passage à la Fonction publique l’installe dans un autre univers : celui de la gestion de l’administration et de la réforme de l’État. Une expérience qui complète son profil de magistrat et lui donne une connaissance directe du fonctionnement des institutions camerounaises.

En août 2020, un décret présidentiel le nomme conseiller technique au ministère de la Justice, en remplacement d’un magistrat admis à faire valoir ses droits à la retraite. Il exerce depuis cette fonction tout en étant présenté comme magistrat hors hiérarchie premier groupe. La tribune du 9 septembre n’est donc pas une intervention isolée. En août 2026 déjà, Angouing avait publié une autre tribune dans laquelle il appelait notamment à l’humilité, à la vérité et à l’unité nationale. Mais sa prise de parole sur la démission de Kamto intervient à un moment particulièrement sensible. En saluant le geste de l’ancien président du MRC et en souhaitant que celui-ci contribue à rendre le jeu politique « plus fluide » et « plus apaisé », il inscrit son propos dans une réflexion plus large sur la démocratie camerounaise. Il appelle également les institutions chargées du processus électoral à agir avec sérénité et crédibilité.

Ainsi cette nouvelle sortie fait de Michel Ange Angouing réapparaître dans le débat public avec les armes qui ont accompagné toute sa carrière : la formation juridique, l’expérience administrative et la connaissance des rouages de l’État. De l’élève du lycée de Bertoua au magistrat devenu ministre, puis conseiller technique, son parcours raconte celui d’un serviteur de l’État dont la parole continue, à certains moments clés, de croiser les grandes interrogations politiques du Cameroun.

Diane Kenfack

 

 

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