Rebecca Enonchong: Une victoire judiciaire au service de la sécurité juridique
Le Tribunal de première instance de Douala a ordonné, le 29 juillet dernier, la levée des scellés et la restitution des biens saisis dans les entreprises de la pionnière de la tech africaine, sanctionnant les dérives des procédures de recouvrement.
Une décision de justice vient de relancer le parcours de l’une des figures les plus emblématiques de la technologie africaine. Depuis plusieurs semaines, son nom se trouvait au cœur d’un bras de fer judiciaire très médiatisé sur la scène économique camerounaise. Cette fois-ci, l’issue lui est pleinement favorable. Rebecca Enonchong a obtenu du Tribunal de première instance de Douala la levée immédiate des scellés apposés sur les locaux de deux de ses entreprises, ainsi que la restitution intégrale des biens saisis par la Société de Recouvrement des Créances du Cameroun. Au-delà du simple succès juridique, cette affaire remet en lumière une personnalité qui, depuis plus de deux décennies, incarne l’innovation, la défense de l’écosystème entrepreneurial et l’exigence d’une gouvernance transparente.
Rendu le 29 juillet 2026, l’arrêté du tribunal constitue un désaveu cinglant pour la méthode employée par l’organisme d’État. Le juge a estimé que les opérations menées par la Société de Recouvrement des Créances représentaient une violation outrageuse des lois et règlements en vigueur. Le principal grief retenu réside dans la saisie de locaux et d’équipements appartenant à deux entités juridiquement distinctes de la société visée au principal par la procédure de recouvrement. En ordonnant la levée des scellés et en suspendant toute vente jusqu’à l’issue du contentieux au fond, la justice rappelle un principe fondamental : l’urgence d’une créance ne saurait justifier l’illégalité de son exécution. Pour l’entrepreneure, cette décision conforte un combat mené depuis le premier jour pour protéger les structures étrangères au litige.
Cette détermination à faire respecter la règle de droit n’a rien de surprenant pour les observateurs de la scène technologique. Depuis la fondation d’AppsTech, entreprise spécialisée dans les solutions logistiques et les logiciels d’entreprise, la dirigeante s’est imposée comme l’une des voix les plus écoutées du continent. Son itinéraire, façonné entre création de valeurs, accompagnement de la jeunesse et promotion du leadership féminin dans les technologies, lui vaut une visibilité internationale. Investisseuse active et mentore de nombreuses jeunes pousses, elle n’a de cesse de militer pour un environnement des affaires prévisible. Pour elle, la réussite économique est indissociable de la solidité des institutions juridiques, seules capables de garantir aux créateurs de richesse un cadre d’activité serein.
L’épreuve traversée face à la Société de Recouvrement des Créances illustre de manière spectaculaire les risques arbitraires auxquels restent confrontés les opérateurs économiques locaux. La décision rendue à Douala réaffirme fermement que les procédures administratives et de recouvrement forcé doivent impérativement s’inscrire dans le respect des droits des tiers. Même si le contentieux principal sur l’existence des créances demeure pendant devant les juridictions compétentes, l’ordonnance obtenue marque un tournant symbolique. Elle démontre que la protection des actifs privés et le respect de la personnalité morale des entreprises restent des piliers non négociables pour maintenir la confiance des investisseurs nationaux et étrangers.
À travers cette nouvelle séquence judiciaire, Rebecca Enonchong réapparaît sous un jour qui dépasse le strict cadre du secteur technologique. Elle ne s’affirme pas seulement comme une chef d’entreprise résiliente ou une promotrice de l’innovation, mais comme une actrice engagée dans le débat de fond sur l’État de droit. En transformant une contrainte opérationnelle en un plaidoyer pour la justice fiscale et administrative, elle rappelle que le développement du Cameroun repose avant tout sur sa capacité à protéger équitablement ses citoyens, ses entreprises et ses créateurs d’emplois.
Diane Kenfack

