Paul Nchoji Nkwi: l’universitaire aux commandes du Conseil constitutionnel

Anthropologue de formation, professeur d’université et membre du Conseil constitutionnel depuis 2018, il assure provisoirement la présidence de cette institution après le décès de Clément Atangana, le 4 octobre 2026.

 Du monde de la recherche aux responsabilités constitutionnelles, Paul Nchoji Nkwi connaît une nouvelle exposition publique. Depuis la disparition de Clément Atangana, premier président du Conseil constitutionnel depuis sa mise en activité en 2018, cet universitaire assure l’intérim à la tête de l’institution. Une responsabilité qui le place au cœur de l’actualité politique camerounaise, à un moment où la stabilité et le fonctionnement des institutions suscitent une attention particulière.

Le 7 octobre 2026, les membres du Conseil constitutionnel se sont réunis à Yaoundé pour constater officiellement la vacance du poste de président. Cette procédure, consécutive au décès de Clément Atangana, ouvre une nouvelle séquence institutionnelle. En sa qualité de doyen d’âge des membres du Conseil, Paul Nchoji Nkwi assure la continuité des activités, dans l’attente de la désignation d’un nouveau président par le chef de l’État.

Un parcours façonné par la recherche

Né en 1940, Paul Nchoji Nkwi s’est d’abord illustré dans les milieux universitaires. Anthropologue de formation, il a poursuivi des études en anthropologie et en sciences de l’éducation à l’Université de Fribourg, en Suisse, avant de consacrer une grande partie de sa carrière à l’enseignement et à la recherche.

Son parcours académique l’a conduit à enseigner à l’Université de Yaoundé I, à l’Université catholique d’Afrique centrale et au Grand Séminaire Saint-Thomas d’Aquin de Bambui, dans la région du Nord-Ouest. Il a également été professeur invité dans plusieurs établissements étrangers, notamment à la Harvard Medical School et aux universités de Francfort et de Leyde.

Ses travaux portent notamment sur les transformations sociales, les cultures locales et les effets de la modernisation sur les communautés africaines. Il a également participé à un programme de recherche consacré aux interactions entre le VIH/sida et les réalités socioculturelles dans cinq pays africains.

Au-delà de l’enseignement, l’universitaire a exercé des responsabilités dans l’administration de la recherche scientifique. Il est notamment présenté comme l’un des fondateurs de l’Association panafricaine d’anthropologie et de l’Académie des sciences du Cameroun. Un parcours qui témoigne de son ancrage dans les milieux scientifiques, bien avant son accession aux responsabilités constitutionnelles.

De l’opposition à la haute institution

Le profil de Paul Nchoji Nkwi comporte également une dimension politique. Il a été membre et conseiller du Social Democratic Front (SDF), formation historique de l’opposition camerounaise aujourd’hui dirigée par Joshua Osih.

En février 2018, il est nommé par le président Paul Biya parmi les premiers membres du Conseil constitutionnel. Il rejoint ainsi une institution chargée de missions essentielles, notamment le contrôle de constitutionnalité et le contentieux des élections nationales.

Cette trajectoire, qui associe expérience universitaire, engagement politique antérieur et responsabilité institutionnelle, constitue un élément important de son parcours. Elle ne préjuge toutefois ni de ses positions dans les dossiers à venir ni de son éventuelle nomination à la présidence permanente du Conseil.

Une transition institutionnelle sous observation

L’actualité donne désormais une autre dimension à son rôle. La présidence du Conseil constitutionnel ne relève pas seulement de la gestion administrative : l’institution intervient dans des procédures qui touchent directement à l’équilibre des pouvoirs et à la vie démocratique.

La responsabilité immédiate de Paul Nchoji Nkwi consiste à assurer la continuité des travaux pendant cette période de transition. Son intérim ne signifie cependant pas qu’il est automatiquement appelé à devenir président titulaire. La désignation du prochain responsable appartient au président de la République, conformément aux textes applicables. À ce stade, l’enjeu dépasse donc la personnalité de l’intérimaire. Il concerne la continuité du fonctionnement d’une institution centrale de la République et les conditions dans lesquelles sa direction sera renouvelée.

Pour Paul Nchoji Nkwi, cette séquence marque un tournant dans une carrière longtemps associée à l’enseignement et à la recherche. L’universitaire se retrouve provisoirement à la tête d’une institution dont les décisions peuvent peser sur les grandes échéances politiques du pays. La suite dépendra de la décision présidentielle et de la manière dont le Conseil poursuivra ses missions durant cette période charnière.

 

Diane Kenfack

 

 

 

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