Mémoire nationale: La semaine des martyrs au rendez-vous de l’histoire
A l’occasion du 13 septembre, date marquant le 68éème anniversaire de l’assassinat de Ruben Um Nyobe, le Cameroun se prépare.
À l’Union des populations du Cameroun (UPC), septembre n’est pas un mois comme les autres. Chaque année, autour du 13 septembre, le parti replonge dans l’une des pages les plus douloureuses de son histoire : la disparition de Ruben Um Nyobè. Cette année encore, la traditionnelle Semaine des martyrs sert de cadre à plusieurs activités de mémoire avant l’apothéose annoncée pour ce dimanche 13 septembre 2026. Soixante-huit ans après la mort du dirigeant nationaliste, son nom continue de traverser les générations. Le 13 septembre 1958, Ruben Um Nyobè était tué dans le maquis, près de Boumnyébel. Depuis, la date est devenue l’un des principaux rendez-vous de la mémoire upéciste « Il fallait être courageux. Il fallait avoir l’Upécisme dans l’âme », affirme.
Mais en 2026, la commémoration intervient dans un contexte particulier. La question n’est plus seulement celle du souvenir d’un militant nationaliste. Elle touche désormais à la manière dont le Cameroun construit son récit historique et transmet aux jeunes générations les épisodes liés à la lutte pour l’indépendance. << La Semaine des martyrs ne se résume pas à la cérémonie finale. Elle constitue un temps de mobilisation, de réflexion et de transmission. Pour l’UPC, elle permet de maintenir vivant le souvenir de Ruben Um Nyobè et de ceux qui ont partagé son combat >>, explique Robert Boppoh Lipot, président UPC.
Cette année, le rendez-vous prend également une dimension politique. Une autre sensibilité de l’UPC, la CÉRA-UPC, annonce elle aussi une activité autour du 13 septembre, avec une rentrée politique prévue à cette occasion. Cette situation illustre les divisions persistantes au sein de la famille upéciste, qui continue de revendiquer l’héritage du parti historique. La mémoire devient ainsi un terrain où se rencontrent histoire et politique. Derrière les cérémonies, se pose une question : qui porte aujourd’hui l’héritage politique de Ruben Um Nyobè ?
À l’UPC, le souvenir du « Mpodol » dépasse largement la date anniversaire de sa mort. Ruben Um Nyobè demeure associé aux revendications nationalistes, à la défense de l’indépendance et à la volonté de voir le Cameroun disposer d’une véritable souveraineté politique. << Connaissant le contexte international 1982 il n’a même pas 3 mois à la magistrature suprême et il appelle au retour de tous les exilés politiques. C’est le héro de notre nation>>, déclare le président.
Son assassinat, survenu en 1958, a longtemps constitué une mémoire difficile dans l’espace public camerounais. La réhabilitation progressive des figures nationalistes a depuis contribué à modifier leur place dans le récit officiel. Un monument consacré à Ruben Um Nyobè a notamment été inauguré à Boumnyébel le 13 septembre 2022, signe d’une présence croissante de cette mémoire dans l’espace public. Cette évolution donne une portée nouvelle aux cérémonies de 2026. Ce qui était autrefois principalement une commémoration partisane tend progressivement à rejoindre une réflexion plus large sur l’histoire nationale.
Dimanche 13 septembre, les regards seront donc tournés vers la cérémonie marquant le 68e anniversaire de la mort de Ruben Um Nyobè. L’apothéose doit constituer le temps fort de la Semaine des martyrs. Au-delà des discours et des hommages, l’enjeu sera de donner un contenu actuel à cette mémoire. Car une commémoration ne prend véritablement son sens que lorsqu’elle permet aux générations qui n’ont pas connu les événements de comprendre ce qu’ils représentent.
C’est précisément là que se situe l’un des défis de l’UPC. Comment faire connaître l’histoire de ses martyrs à une jeunesse davantage préoccupée par le chômage, les difficultés économiques, l’éducation ou encore la participation politique ? Comment transformer une mémoire historique en outil de compréhension du Cameroun contemporain ?
Ces questions prennent d’autant plus d’importance que l’UPC reste aujourd’hui confrontée à des divisions internes et à une difficulté à retrouver le poids politique qu’elle a pu représenter dans l’histoire du nationalisme camerounais. La Semaine des martyrs 2026 apparaît ainsi comme un moment à double lecture. Elle regarde vers le passé tout en interrogeant l’avenir. Pour les militants, l’objectif est de préserver la mémoire de ceux qui ont payé de leur vie leur engagement. Pour les observateurs, la commémoration constitue aussi un indicateur de la manière dont une formation historique tente de rester présente dans le débat national.
Le rendez-vous du 13 septembre sera donc plus qu’un anniversaire. Il sera un test de la capacité de l’UPC à transformer la mémoire en transmission et l’héritage en réflexion politique. À Boumnyébel et dans les autres lieux où la mémoire de Ruben Um Nyobè continue de vivre, les hommages rappelleront une figure qui appartient désormais à l’histoire du Cameroun. Mais l’enjeu de cette 68e commémoration sera aussi de savoir ce que les nouvelles générations feront de cet héritage.
Diane Kenfack

