Après les eaux: Douala panse ses plaies
Au lendemain des fortes pluies de la nuit du 10 au 11 septembre 2026, la ville reprend vie dans les traces laissées par les eaux.
La scène est presque paradoxale. Quelques heures après avoir été une ville paralysée par les eaux, Douala doit redevenir une ville qui travaille. Les habitants reprennent donc leurs activités avec une priorité immédiate : nettoyer, remettre en état et recommencer. Les eaux ont commencé à se retirer, mais elles ont laissé derrière elles des traces difficiles à effacer. Dans certains secteurs, la boue s’accroche encore aux chaussées. Les abords des maisons portent les marques du passage de l’eau. Des déchets charriés pendant la nuit se retrouvent dispersés le long des voies et dans les points bas.
Pour les habitants des zones touchées, l’après-inondation est d’abord une affaire de bras et de temps. Avant de penser au travail ou au commerce, il faut dégager les accès, évacuer la boue et déplacer les objets qui ont été exposés à l’eau. Cette séquence est rarement au centre des images diffusées pendant l’inondation. Pourtant, c’est elle qui détermine la vitesse à laquelle un quartier retrouve son fonctionnement habituel. « Une boutique qui reste encombrée ne peut pas ouvrir normalement. Une maison dont les abords sont encore impraticables complique les déplacements. Une voie encombrée par les déchets ralentit la circulation », explique un citoyen.
La catastrophe ne s’arrête donc pas lorsque l’eau baisse. Elle change simplement de forme. Dans une métropole où les activités économiques reposent largement sur la mobilité quotidienne, chaque perturbation des déplacements produit des effets en cascade. « Un commerçant qui ouvre tard vend moins. Un travailleur qui arrive difficilement à son lieu de travail perd du temps. Un conducteur contraint de modifier son itinéraire consomme davantage de carburant. Une livraison reportée peut à son tour retarder une autre activité ».
Ce coût diffus est difficile à mesurer. Il n’apparaît pas forcément dans les premiers bilans d’une inondation. Pourtant, il participe à la facture réelle de l’événement. L’épisode rappelle également le rôle de l’entretien des ouvrages d’évacuation. À Douala, la gestion des eaux pluviales est depuis longtemps liée à l’état des drains et aux problèmes d’obstruction. Des travaux de drainage sont actuellement prévus dans certains bassins de la ville, notamment dans le cadre du Projet de Valorisation de la Gouvernance Foncière et du Développement urbain.
Mais entre les infrastructures et leur efficacité réelle, il existe un maillon souvent moins visible : l’entretien quotidien. Un drain construit mais mal entretenu perd progressivement une partie de son efficacité. À l’inverse, une ville qui entretient ses ouvrages, maîtrise les déchets et évite l’occupation des zones particulièrement exposées augmente sa capacité à absorber les pluies. La question n’est donc plus seulement de savoir combien de kilomètres de drains sont construits. Elle est aussi de savoir comment ils fonctionnent lorsqu’une pluie intense survient.
Les inondations de Douala sont récurrentes, particulièrement pendant la saison des pluies. Des travaux scientifiques consacrés à la ville montrent que le phénomène s’inscrit dans une dynamique ancienne et complexe, mêlant caractéristiques naturelles du territoire et facteurs liés à l’urbanisation. L’épisode des 10 et 11 septembre remet ainsi une question essentielle au centre du débat : Douala doit-elle seulement apprendre à gérer les inondations ou apprendre à vivre avec un risque devenu récurrent ?
« Gérer une inondation, c’est intervenir lorsque l’eau monte. Vivre avec le risque, c’est penser la ville avant la pluie : où construire, comment drainer, comment entretenir, comment organiser les déplacements, comment protéger les activités économiques et comment informer les habitants », affirme un environnementaliste. Au lendemain de la pluie, Douala reprend son rythme. Les commerces rouvrent, les routes retrouvent progressivement leur circulation et les habitants effacent les traces laissées par l’eau.
Mais sous cette apparente normalité demeure une réalité : la ville n’a pas seulement besoin de se remettre de chaque inondation. Elle doit réduire le temps et le coût nécessaires pour s’en remettre. C’est peut-être là que se mesure désormais sa véritable résilience.
Diane Kenfack

