Sommet de l’État: Les signes de la fin des temps ?
La multiplication des scandales à la présidence de la République révèle une vacance de fait du pouvoir et fragilise durablement la crédibilité macroéconomique et la sécurité du pays.
La saturation de l’espace public par les scandales à répétition venus d’Etoudi depuis le début de l’année 2026 n’est pas seulement un spectacle médiatique pour divertir les salons de Yaoundé et de Douala. Elle est le symptôme clinique d’une crise systémique profonde qui ébranle les fondations mêmes des institutions camerounaises. Lorsqu’un régime politique fonde l’essentiel de sa légitimité sur le culte du secret, la distance sacrale et l’autorité incontestée du chef, la profanation de ces codes par ses propres lieutenants et sa propre famille biologique annonce une rupture d’équilibre géopolitique majeure. L’analyse fine de ces secousses révèle un diagnostic alarmant : le Cameroun est entré dans la phase dangereuse de l’anarchie au sommet.
La première conséquence, et sans doute la plus redoutable pour l’avenir immédiat du pays, est la désacralisation définitive de la fonction présidentielle. L’épisode de la CRTV de mai 2026, où des factions rivales ont tenté de publier un faux décret portant sur la création d’une vice-présidence, démontre que le pouvoir n’est plus perçu comme monolithique. Les hauts fonctionnaires et les réseaux sécuritaires n’obéissent plus à un commandement unique, mais naviguent à vue au gré des alliances de circonstances avec les différents dauphins présomptifs.
Cette situation crée une vacance de fait du pouvoir, où la signature présidentielle elle-même devient suspecte et sujette à caution. L’inertie du gouvernement face aux crises majeures du premier semestre 2026 prouve que la chaîne de commandement est paralysée. Les ministres et directeurs généraux, terrorisés à l’idée de prendre une initiative qui pourrait déplaire à une faction rivale, préfèrent l’immobilisme absolu, bloquant ainsi le fonctionnement régulier des services publics et l’exécution du budget de l’État.
Fuite des capitaux et frilosité des investisseurs
Sur le plan économique, le coût de cette instabilité au sommet est exorbitant. Les révélations du TCS de janvier 2026 concernant des personnalités de premier plan comme Oswald Baboké, couplées au grand déballage sur le train de vie fastueux de l’oligarchie mis en lumière au printemps 2026, détruisent les efforts de communication de l’État visant à rassurer les bailleurs de fonds internationaux. Le Cameroun, déjà sous-programme avec le Fonds Monétaire International (FMI), voit sa note de risque souverain se dégrader auprès des agences de notation lors des évaluations de juin 2026.
Les investisseurs directs étrangers (IDE), échaudés par le spectacle d’une justice instrumentalisée dans les guerres de succession et par l’insécurité juridique ambiante, gèlent leurs projets ou réorientent leurs capitaux vers des cieux africains plus prévisibles. Les milieux d’affaires craignent par-dessus tout une transition chaotique qui remettrait en cause les contrats d’État signés sous l’ère actuelle. Cette frilosité aggrave la crise de liquidités, asphyxie le secteur privé local et alimente le chômage des jeunes.
Le risque d’implosion sécuritaire
Enfin, cette guerre des clans expose le Cameroun à des menaces sécuritaires majeures à la mi-2026. Le pays fait déjà face à des crises humanitaires et militaires complexes à ses frontières : la persistance de l’insécurité dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et les incursions résiduelles de Boko Haram dans l’Extrême-Nord. Lorsque les services de renseignement et les états-majors militaires sont détournés de leurs missions régaliennes pour espionner des rivaux politiques ou protéger des intérêts financiers de courtisans en disgrâce, c’est toute la sécurité nationale qui se retrouve poreuse.
Les sorties intempestives de Brenda Biya sur la place publique internationale en juin 2026, loin d’être anecdotiques, achèvent de ruiner l’image diplomatique du Cameroun, renvoyant l’image d’une république bananière ingouvernable. Si rien n’est fait pour restaurer l’ordre institutionnel et clarifier le processus de transition avant la fin de l’année 2026, le pays s’expose à un risque majeur d’effondrement, où la rue et les forces de défense pourraient être tentées d’arbitrer un match dont certains acteurs d’Etoudi ont perdu les règles.

