Diasporas, libre-échange, jeunesse: Les clés d’une Francophonie économique plus intégrée

Faibles échanges commerciaux, obstacles à la circulation des talents et marchés encore fragmentés : la Francophonie dispose d’importants leviers de croissance qu’elle exploite encore peu.

Les pays francophones disposent d’un marché de plusieurs centaines de millions d’habitants. Pourtant, ils commercent encore peu entre eux. Ce paradoxe sera au centre des débats de la 5ᵉ Conférence internationale sur la Francophonie économique (CIFÉ 2026), qui réunira en décembre à Abidjan des chercheurs, des décideurs publics et des acteurs du monde économique autour des moyens de renforcer les liens entre les économies francophones.

Les chiffres donnent la mesure du défi. Selon les données citées par les organisateurs, les échanges commerciaux entre pays francophones ne représentent qu’environ 13 % des exportations de leurs États membres. À l’échelle africaine, les échanges entre pays du continent atteignaient seulement 16,6 % du commerce total en 2017, loin des près de 68 % enregistrés en Europe. Un constat qui montre que les complémentarités économiques restent encore largement sous-exploitées. Pour expliquer cette situation, plusieurs obstacles reviennent régulièrement : démarches administratives complexes, difficultés à faire reconnaître les diplômes et les compétences, accès limité aux financements, coût élevé des déplacements ou encore marchés insuffisamment connectés. Autant de freins qui ralentissent les projets des entrepreneurs, des investisseurs et des jeunes porteurs d’initiatives.

Pourtant, les perspectives existent. La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) traduit la volonté des États africains de faciliter la circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux. Pour les promoteurs de la CIFÉ, cette dynamique peut ouvrir de nouvelles opportunités aux entreprises francophones et renforcer les échanges Sud-Sud, qui occupent désormais une place grandissante dans l’économie mondiale.

Autre acteur souvent sous-estimé : les diasporas. Leur rôle dépasse largement les transferts d’argent envoyés aux familles. Selon la Banque mondiale, ces transferts ont atteint 90,2 milliards de dollars vers l’Afrique en 2023, soit l’équivalent de 5,2 % du produit intérieur brut du continent. Dans plusieurs pays, ces montants dépassent même les investissements étrangers et l’aide publique au développement.

Mais leur contribution ne s’arrête pas là. Les diasporas facilitent aussi les partenariats d’affaires, ouvrent des réseaux professionnels, accompagnent des projets d’investissement et favorisent le partage des compétences acquises à l’étranger. Pour de nombreux spécialistes, cette circulation des savoir-faire peut transformer ce qui était autrefois considéré comme une fuite des cerveaux en un véritable échange de compétences profitable à tous. C’est précisément cette vision que souhaite défendre la CIFÉ 2026. Pendant trois jours, économistes, juristes, entrepreneurs, investisseurs, chercheurs, représentants des diasporas et responsables publics confronteront leurs analyses afin d’identifier les réformes capables de rendre la mobilité économique plus simple et plus efficace.

La conférence accordera également une place importante aux jeunes, aux femmes, aux chercheurs émergents et aux entrepreneurs des pays du Sud. Les organisateurs estiment que ces acteurs joueront un rôle déterminant dans les transformations économiques des prochaines années.

Au-delà des échanges, la rencontre d’Abidjan ambitionne de faire émerger des propositions concrètes. L’objectif est de bâtir une Francophonie où les talents, les idées, les investissements et les innovations circulent plus librement, afin de transformer les complémentarités économiques en véritables moteurs de prospérité partagée.

H.T

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