Rumeurs de putsch à la CRTV et secrets du TCS: Etoudi au cœur d’un feuilleton surréaliste

Une succession de scandales inédits secoue le sommet de l’État camerounais, entre tentatives de manipulation des médias publics, convocations judiciaires de hauts dignitaires et déballages familiaux sur les réseaux sociaux.

Le navire amiral du pouvoir camerounais traverse une zone de turbulences inédite. Longtemps resté une forteresse de mystères et de secrets bien gardés, le palais d’Etoudi, siège de la présidence de la République, se retrouve aujourd’hui exposé aux yeux de tous, traversé par des guerres de tranchées internes qui menacent la stabilité institutionnelle. En l’espace de quelques semaines, la machine étatique a donné l’illusion d’un avion sans pilote, où les luttes de succession pour l’après-Paul Biya ne se cachent plus. L’épicentre de ce séisme permanent s’est déplacé des salons feutrés du pouvoir vers la place publique, révélant les failles béantes d’un régime à bout de souffle.

Le point culminant de cette crise a été atteint lors de la nuit dantesque du 14 au 15 mai 2026. Les rédactions de la CRTV, la télévision d’État, ont été le théâtre d’une tentative de manipulation sans précédent : la transmission d’un faux décret présidentiel portant nomination d’un nouveau gouvernement et, plus spectaculaire encore, l’institution d’un vice-président de la République. Si la diffusion de ce document apocryphe a pu être évitée de justesse grâce à la vigilance de certains responsables des médias publics, le traumatisme reste entier. Cet événement a jeté une lumière crue sur l’existence de réseaux parallèles capables d’infiltrer les canaux officiels de la République pour orchestrer un véritable coup d’État blanc.

Face à la gravité de cette situation, la réaction du gouvernement s’est caractérisée par une lenteur devenue légendaire, mais cette fois particulièrement coupable. Il aura fallu attendre le 22 mai 2026, soit plus d’une semaine d’incertitude et de rumeurs folles, pour que la communication officielle daigne enfin sortir de sa torpeur par un démenti laconique du ministre de la Communication. Ce retard à l’allumage a laissé le champ libre à toutes les spéculations sur l’identité des commanditaires tapis dans l’ombre du palais.

Parallèlement à ce vaudeville médiatique, les affaires de gouvernance financière sont venues alourdir l’atmosphère. Oswald Baboké, le puissant Directeur de cabinet adjoint du président de la République et figure centrale de l’entourage immédiat du couple présidentiel, s’est retrouvé au cœur de graves révélations. Selon une série d’enquêtes documentées par le magazine Jeune Afrique dans ses éditions de février et mars 2026, ce haut fonctionnaire aurait été discrètement entendu par les enquêteurs du Tribunal Criminel Spécial (TCS), la juridiction d’exception chargée de traquer les détournements de fonds publics, notamment au cours de la semaine du 12 janvier 2026.

Bien que l’intéressé bénéficie de la présomption d’innocence, ces soupçons de malversations diverses et de trafic d’influence ébranlent le premier cercle du pouvoir. Pour ne rien arranger, l’ostentation affichée par son épouse sur les réseaux sociaux lors d’événements mondains organisés entre décembre 2025 et avril 2026, exhibant une fortune et un train de vie en total décalage avec les réalités économiques du pays, a fini de cristalliser l’indignation populaire. Ce mélange de soupçons judiciaires et d’arrogance matérielle offre une image déastreuse d’une élite déconnectée.

Brenda Biya : le déballage en direct

Pour parachever ce tableau clinique d’une fin de règne chaotique, la famille présidentielle elle-même s’invite dans l’arène médiatique. Brenda Biya, la fille du chef de l’État, a multiplié les sorties intempestives et explosives sur les réseaux sociaux, avec un pic d’activité ultra-médiatisé entre le 5 et le 10 juin 2026. Entre révélations intimes, règlements de comptes familiaux et critiques à peine voilées contre certains collaborateurs de son père, ses vidéos et publications cumulent des millions de vues.

Ces interventions numériques, impossibles à censurer par les méthodes traditionnelles du régime, brisent définitivement le mythe de la sacralité de la famille présidentielle. Elles transforment la vie privée du sommet de l’État en un feuilleton de téléréalité permanent, achevant de fragiliser l’autorité d’un président affaibli par le poids des années, incapable de discipliner son propre foyer comme son administration.

Maixent Fegue

 

About Post Author

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
28 × 2 =


Enregistrez vous à notre newsletter