Mairies d’Afrique centrale: Vers une mutation en « entreprises »
Réunies au Maroc le 24 juin 2026, en marge du Congrès mondial de Cités et gouvernements locaux unis (CGLU), les Communes et Villes Unies du Cameroun (CVUC) ont défendu un modèle de municipalité entrepreneurial dont l’objectif est de rompre avec la dépendance financière vis-à-vis des États et stimuler l’économie locale.
C’est une petite révolution conceptuelle, mais aux conséquences potentiellement sismiques pour le paysage économique de l’Afrique subsaharienne. Le 24 juin 2026, dans le cadre du Sommet mondial des dirigeants locaux et régionaux à Tanger, une session spéciale a focalisé toutes les attentions. Organisée par les Communes et Villes Unies du Cameroun (CVUC), en partenariat avec le Fonds Spécial d’Équipements et d’Intervention Intercommunal (FEICOM) et le Congrès mondial de Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU) Afrique Centrale, cette rencontre a mis en lumière l’urgence d’un nouveau modèle économique pour les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) d’Afrique centrale.
Au centre des débats, une formule scotchée sur toutes les lèvres, celle de la « Commune de Production ». Porté avec vigueur par le président national des CVUC Augustin Tamba, cet ambitieux concept ambitionne de rompre définitivement avec la figure historique de la commune administrative, perçue comme un simple guichet de redistribution et de gestion des affaires courantes, pour faire place à une entité résolument entrepreneuriale. Face à la raréfaction des dotations budgétaires des États centraux et à l’explosion démographique urbaine et rurale, les modèles traditionnels de gouvernance locale s’essoufflent. La « Commune de Production » propose une alternative pour transformer la municipalité en un pôle de compétitivité et de création de valeur brute. L’objectif n’étant plus seulement de gérer la précarité ou d’administrer des services publics de base, mais de catalyser l’investissement privé, de structurer des chaînes de valeur agropastorale, artisanales ou industrielles et de générer de l’emploi direct. De ce fait, les communes ne peuvent plus se contenter d’attendre passivement les transferts de fonds de l’État. Elles doivent exploiter intelligemment leurs ressources propres, qu’elles soient agricoles, minières ou touristiques en coconstruisant des projets viables avec le secteur privé via des partenariats public-privé (PPP) robuste. Cette démarche intègre par ailleurs une dimension de durabilité, visant à stimuler la croissance tout en garantissant la préservation des écosystèmes et des ressources naturelles locales.
Si la vision séduit par sa pertinence, sa mise en œuvre se heurte à l’accès au capital. À Tanger, les discussions techniques ont été denses, nourries par les expertises croisées d’institutions de premier plan. Le FEICOM du Cameroun, véritable banque des communes a présenté ses mécanismes de garantie et de co-financement, essentiels pour rassurer les investisseurs privés. Les contributions du Fonds Mondial pour le Développement des Villes (FMDV), du RIAFCO et du Fonds de Développement Local de Madagascar ont permis d’explorer de nouveaux instruments financiers, allant des obligations municipales aux fonds de capital-investissement territoriaux. L’expérience du Maroc en matière de coopération décentralisée a également servi de boussole, démontrant comment des alliances interrégionales peuvent accélérer les transferts de compétences et de technologies. L’un des principaux points d’orgue de la session de Tanger a résidé dans la formulation d’un plaidoyer collectif pour un accès direct et équitable des collectivités d’Afrique centrale aux guichets financiers internationaux. Les élus locaux ont dénoncé la complexité des circuits de la finance climatique mondiale, dont les critères d’éligibilité excluent de facto les municipalités intermédiaires, pourtant en première ligne face aux dérèglements environnementaux.
A.J.E

