Régionales 2025: Le RDPC en ordre de bataille
À trois jours du lancement officiel de la campagne, le Rassemblement démocratique du Peuple camerounais (RDPC) mobilise ses cadres et renforce sa stratégie pour tenter de s’imposer dans les dix régions du pays.
Dans les couloirs du Comité central à Yaoundé, l’atmosphère avait ce 12 novembre quelque chose d’un conclave stratégique où rien ne devait être laissé au hasard. À l’approche du coup d’envoi de la campagne des régionales, le parti proche du pouvoir s’est réuni autour de son secrétaire général, Jean Nkuete, pour affiner une stratégie dont l’ambition ne souffre d’aucune ambiguïté : conserver sa domination.
Autour du secrétaire général, les cadres régionaux et départementaux ont passé au crible les derniers paramètres de la bataille électorale qui s’ouvre le 15 novembre. Cette réunion, décrite par certains participants comme une véritable séance de « réglages tactiques », marque le lancement effectif de la phase décisive. Le RDPC veut entrer en campagne uni, discipliné et sûr de lui, avec la volonté de confirmer son poids dans l’architecture politique décentralisée du pays.
Seul maître à bord
Contrairement à ses adversaires, le parti de Paul Biya est la seule formation politique à présenter des listes dans l’ensemble des dix régions. Une démonstration de force qui témoigne de son implantation profonde et de sa capacité organisationnelle. Lors des premières régionales de décembre 2020, il avait raflé neuf conseils régionaux sur dix, ne laissant échapper que celui de l’Adamaoua au profit de l’UNDP de Bello Bouba Maigari.
Cinq ans plus tard, cette exception reste une épine symbolique dans le pied du parti au pouvoir. Pour certains cadres, l’Adamaoua constitue encore « la dernière marche d’un escalier que le RDPC souhaite gravir entièrement ». Le rêve d’un « grand chelem » est dans toutes les conversations internes, mais il s’accompagne d’une prudence stratégique bien calculée.
Le parti aborde alors cette nouvelle échéance avec une confiance assumée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les quelque 10 000 conseillers municipaux qui composeront la majorité du collège électoral, plus de 9 000 portent l’écharpe du RDPC. À cette domination écrasante s’ajoute un autre segment décisif : celui des chefs traditionnels. Leur fidélité historique au parti présidentiel, rappelée à plusieurs reprises lors de la réunion de Yaoundé, constitue une réserve de voix quasi assurée.
Dans ce contexte, les stratèges du Comité central estiment entrer dans la compétition avec un avantage structurel rarement démenti. Le RDPC, fort de son maillage territorial et de son expérience dans la gestion des scrutins indirects, entend transformer cette position en résultats concrets.
Mais, malgré cette aisance numérique, le parti sait qu’il devra mener une campagne plus fine dans certaines zones, en particulier l’Adamaoua. La reconquête de cette région fait donc l’objet d’un plan de campagne spécifique, basé sur une mobilisation plus ciblée et un argumentaire renouvelé. Les équipes locales ont été largement briefées afin de renforcer leur présence sur le terrain, tandis que la hiérarchie nationale insiste sur la nécessité de convaincre, sans triomphalisme.
Au-delà des chiffres et des objectifs, la réunion du 12 novembre dernier avait un autre enjeu : afficher l’unité d’un parti souvent présenté comme fracturé en interne, mais qui tient à montrer sa discipline lorsque l’élection approche. Jean Nkuete, en véritable chef d’orchestre, a rappelé que « la victoire ne se décrète pas, elle se prépare », exhortant ses collaborateurs à maintenir une communication harmonisée, un ancrage permanent et une vigilance accrue face aux adversaires.
Julien Efila

