Marcel Niat Njifenji: L’ultime hommage de la nation
Inhumé ce 16 mai à Bangangté, l’ancien président du Sénat a reçu les derniers hommages de la République, mettant fin à un parcours de plus de six décennies au sommet de la haute administration et de l’histoire institutionnelle du pays.
Le Cameroun a rendu, ce 16 mai dans la région de l’Ouest, un dernier hommage à l’une des figures les plus emblématiques de ses institutions. Marcel Niat Njifenji, décédé le 11 avril dernier, a été inhumé dans la terre qui l’a vu naître, il y a 91 ans.
À Bangangté, la ferveur était donc à la hauteur du personnage. Dès les premières heures de la matinée, des milliers de personnes ont convergé vers le stade municipal puis vers le quartier Mandja, résidence familiale de l’illustre disparu. Membres du gouvernement, parlementaires, élus locaux, chefs traditionnels et anonymes se sont joints à la famille pour accompagner celui que beaucoup décrivent comme un homme d’État discret, méthodique et profondément attaché à la stabilité des institutions.
Les obsèques officielles, organisées du 14 au 16 mai entre Yaoundé et le chef-lieu du département du Ndé, avaient débuté par une levée de corps à l’hôpital général de Yaoundé, suivie d’hommages parlementaires et publics au Palais des Congrès. Le cortège funèbre avait ensuite pris la direction de l’Ouest, où la population attendait son « patriarche » pour un ultime retour sur sa terre natale.
Né le 26 octobre 1934 à Bangangté, Marcel Niat Njifenji appartient à cette génération de hauts commis de l’État formés dans les dernières années de la colonisation française. Élève brillant, lauréat du concours général de France et de l’Union française en histoire-géographie en 1954, il poursuit ses études en France avant d’obtenir un diplôme d’ingénieur à Supélec après une formation scientifique à Clermont-Ferrand.
À son retour au Cameroun, il intègre les sphères techniques et administratives de l’État. Sa carrière prend une dimension nationale lorsqu’il est nommé directeur général de la Société nationale d’électricité (SONEL), poste qu’il occupe pendant près de trois décennies.
Mais, Marcel Niat Njifenji ne se limite pas à la technocratie. Il entre en politique au début des années 1990, dans un contexte de retour au multipartisme. Ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire, puis vice-Premier ministre chargé des Mines, de l’Eau et de l’Énergie, il devient ensuite député, maire de Bangangté et membre influent du comité central du RDPC.
C’est toutefois en 2013 qu’il entre définitivement dans l’histoire institutionnelle du Cameroun. Après la création effective du Sénat, il est élu premier président de cette chambre haute du Parlement. Pendant plus d’une décennie, il incarne une certaine continuité de l’État, dans un rôle constitutionnel stratégique faisant de lui la deuxième personnalité de la République.
Son décès intervient dans un contexte particulier. Depuis plusieurs semaines, le pays enregistre une série de disparitions de hauts dignitaires de la République. Après la mort de Marcel Niat Njifenji le 11 avril, le Cameroun a également perdu ces derniers jours Alexis Dipanda Mouelle, Cavayé Yéguié Djibril ou encore le général Philippe Mpay.
Julien Efila

