Inondations à Douala: Un système d’alerte précoce pour prévenir le pire

Pour faire face aux inondations sans cesse croissantes dans la cité économique, la Communauté urbaine de Douala (CUD) a récemment mis en place un système d’alerte précoce aux inondations, une première dans l’histoire de la ville.

Testé dans le quartier de Makepe-Missoke, situé dans le 5e arrondissement, ce dispositif se veut à la fois innovant et participatif. L’objectif est de prévenir les populations en cas de montée rapide des eaux, afin de leur permettre de se mettre à l’abri à temps. Le système repose sur « une technologie simple mais efficace ». Il est connecté à un réseau d’habitants volontaires, informés en temps réel via SMS et messages mobiles. En cas de dépassement d’un seuil critique d’inondation, une alarme sonore est automatiquement déclenchée dans le quartier. « Le système intègre un forum communautaire, dans lequel les habitants peuvent échanger des informations sur la météo locale, les niveaux d’eau observés, et les mesures d’urgence à prendre », précise Jean Yango, secrétaire permanent de l’Association des villes et collectivités d’Afrique centrale (Avcac). À ses yeux, cette approche est un pas vers une résilience urbaine renforcée, en misant sur la participation citoyenne et l’intelligence collective.

En effet, Douala, capitale économique du Cameroun et poumon industriel de la sous-région Afrique centrale, est depuis belle lurette confrontée à un défi majeur. Celui de la gestion des inondations, un phénomène amplifié par l’urbanisation galopante, les effets du changement climatique et les comportements inciviques de certains habitants. Les causes sont multiples. La ville, construite en grande partie dans des zones basses et marécageuses, est naturellement vulnérable aux crues. Elle reçoit en moyenne plus de 4 000 mm de précipitations par an, ce qui en fait l’une des métropoles les plus arrosées d’Afrique. La proximité du fleuve Wouri et de l’océan Atlantique, ainsi que l’influence des marées, compliquent davantage l’évacuation des eaux. « Certains habitants construisent illégalement sur les emprises des drains ou jettent des déchets dans les canaux. Ce comportement irresponsable compromet gravement les efforts d’assainissement de la ville », déplore Joseph Magloire Olinga, directeur adjoint des études et de la protection de l’environnement à la CUD.

Le lancement de ce système d’alerte s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement de la résilience urbaine. À l’occasion d’un atelier régional organisé à Douala du 27 juillet au 1er août 2025, sur les questions d’environnement, de changement climatique et de villes durables en Afrique centrale, Jean Yango a annoncé l’intention des autorités de généraliser ce dispositif à toute la ville, à moyen terme. « Il est impératif de créer un modèle urbain capable d’anticiper les crises plutôt que d’y réagir dans l’urgence. Ce système est un maillon important de cette vision », affirme-t-il. Par ailleurs, plusieurs partenaires techniques et financiers, dont des agences des nations unies et des institutions africaines de développement, ont manifesté leur intérêt pour soutenir le déploiement du projet à plus grande échelle. En parallèle, la CUD entend intensifier les campagnes de sensibilisation à l’hygiène environnementale, renforcer le cadre réglementaire de l’urbanisme, et améliorer les capacités de drainage dans les zones les plus exposées.

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) tire la sonnette d’alarme. Il souligne que les villes côtières comme Douala sont parmi les plus menacées au monde par les effets du changement climatique. D’ici quelques décennies, sans politiques d’adaptation robustes, certaines d’entre elles pourraient être « éliminées par les inondations », sous l’effet combiné de la montée du niveau des mers, de l’intensification des pluies et de l’imperméabilisation des sols. Au-delà de la technologie, ce projet pose les bases d’une nouvelle gouvernance urbaine, plus inclusive et plus tournée vers l’avenir. Il appelle à repenser l’aménagement de la ville autour des enjeux de résilience, d’environnement et de justice sociale. La route reste longue, mais l’expérience pilote de Makepe-Missoke pourrait bien marquer le début d’une transformation structurelle de la manière dont Douala affronte les risques climatiques.

    Charles Totchum

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