Douala: Un incendie de trop au marché chinois

Deux ans après le violent incendie qui avait fait rage, le marché chinois de Douala connait de nouveau un sinistre avec plus d’une dizaine de boutiques se sont transformées en un véritable brasier, laissant les populations dans le désarroi.

« Après trente ans de labeur, c’est tout mon magasin qui est parti en fumée, avec ma réserve financière, tout ce qui me permettait de joindre les deux bouts », confie Nicoline Temwa, larmes aux yeux. Alors que celle-ci semblait avoir bâti des entreprises modestes mais florissantes, s’inscrivant dans une chaîne locale d’approvisionnement et de distribution des chaussures hommes-femmes et enfants, elle a vu le fruit de ses efforts se réduire en cendres ce 30 juillet 2025. En effet, un incendie d’une violence inouïe s’est déclaré au cœur du quartier d’Akwa, à la douche municipale, connu pour sa forte concentration de commerçants d’origine chinoise. En quelques heures, ce lieu d’échanges et de survie économique a été le théâtre d’une catastrophe au visage multiple, transformant des boutiques et habitations en tas de gravats et de cendres. L’impact est particulièrement cruel : plusieurs dizaines de commerçants (chinois et camerounais) ont perdu l’intégralité de leur fonds de commerce, stocks et matériel inclus.

Cependant, sur les réseaux sociaux, des voix alarmistes ont rapidement évoqué une stratégie concertée de colonisation commerciale des boutiques. L’expression « les Chinois prennent tout » fait florès, ravivant des peurs anciennes avec sentiment d’exclusion, et xénophobie larvée. Or, ce drame n’a pas épargné les Chinois. Loin de la caricature du colonisateur économique, ils apparaissent ici comme des victimes au même titre que leurs voisins camerounais, victimes des flammes et du feu. La Chambre de commerce, au travers de son président, met en avant la « parfaite collaboration et cohabitation » entre commerçants chinois et camerounais. Elle souligne qu’il n’existe « aucune manigance des Chinois pour prendre en possession les boutiques à Akwa ». Selon les témoignages recueillis de plusieurs commerçants, le feu serait parti de la boutique d’un commerçant chinois qui aurait refusé l’assistance de la population à temps pour maitriser les flammes.

Interpelés, deux (02) camions des sapeurs-pompiers sont arrivés sur le lieu du sinistre, mais la capacité d’arrosage n’a pas permis de limiter l’avancée du feu. Bien après, les renforts sont arrivés et la situation a été sous contrôle. À en croire le lieutenant-colonel Abdiel Kadrey, commandant du 20ᵉ groupement des sapeurs-pompiers, l’action de secours a consisté à « enrayer la propagation des flammes vers les immeubles contigus au moyen de cinq engins-pompes d’incendie déployés, de deux véhicules d’intervention divers, d’une échelle aérienne et d’un véhicule de secours et d’assistance aux victimes ». Comme bilan, il parle d’un feu circonscrit. Ce sinistre qui tire ses sources d’un court-circuit pose à nouveau le problème de respect des normes de construction et de sécurité dans les marchés de la capitale économique. « Malgré la douleur, reconnaissons que les branchements électriques sont mal faits dans ce marché. Ce sont des risques que nous ne mesurons pas », confie Antoine, commerçant audit marché.

Premier fournisseur du Cameroun, la Chine a surpassé l’Inde et la France, avec une part de marché de 18,9 % en 2023, selon le rapport publié par l’Institut national de la statistique (INS). D’après la même source, les échanges globaux de marchandises entre la Chine et le Cameroun ont atteint près de 1 178,1 milliards de FCFA, soit une augmentation de 24,1 % par rapport à 2022. Cependant, cette croissance n’a pas suffi à équilibrer le déficit commercial du Cameroun, atteignant 714,3 milliards de FCFA, soit une aggravation de 18,5 % en glissement annuel. Il convient de rappeler que la plupart des centres commerciaux de la Douche municipale à Akwa sont détenus par des Chinois qui font du commerce en gros et au détail. Plus encore, un des arguments souvent évoqués en faveur de ces commerces chinois, c’est l’offre de produits abordables. Car, qu’il s’agisse d’articles ménagers, de textile ou de gadgets électroniques, l’accès à des prix compétitifs est un atout pour le marché local.

  Charles Totchum

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