Alternance: Qui pour challenger Paul Biya ?
Alors que le Conseil constitutionnel entame, à partir de ce 4 août, l’examen des 35 recours, parmi lesquels celui de Maurice Kamto et celui déjà voué à l’échec de Léon Theiller Onana, frondeur au sein du RDPC, le landerneau politique camerounais retient son souffle.
À un peu plus de deux mois du scrutin présidentiel, la tension monte au Cameroun. Les regards de tout le pays convergent vers le Conseil constitutionnel, car en effet, l’instance judiciaire, garante de la légalité du processus électoral, entame dès ce lundi l’examen des 35 recours liés à la validation des candidatures pour le scrutin présidentiel du 12 octobre prochain.
Parmi les affaires les plus sensibles, figure celle de Maurice Kamto, dont la candidature a été écartée par Elections Cameroon (ELECAM). Investi par le MANIDEM, le deuxième à la dernière présidentielle a déposé deux recours au lendemain de la publication, le 26 juillet, de la liste des candidatures validées. Dans la première requête, il demande l’annulation pure et simple de cette liste, arguant de manquements graves dans le processus de sélection. Le second recours vise spécifiquement la décision rejetant sa propre candidature, qu’il qualifie d’« abusive et infondée ». Mais à en croire ses partisans, la non-participation de Kamto à ce scrutin compromettrait la crédibilité du processus électoral.
L’examen de l’autre recours particulièrement attendu est celui de Léon Theiller Onana. Membre du parti RDPC, il a défrayé la chronique en demandant l’irrecevabilité de la candidature de Paul Biya, arguant de supposées irrégularités constitutionnelles. Mais pour les analystes et juristes, ce recours n’a pratiquement aucune chance d’aboutir. « Il est politiquement suicidaire et juridiquement sans fondement. Ce recours est voué à l’échec », confie un observateur averti du système électoral camerounais. Dans les couloirs du pouvoir comme dans les médias publics, la candidature de Paul Biya, validée sans surprise, ne fait l’objet d’aucune remise en question sérieuse.
Au-delà de Kamto et Theiller Onana, d’autres acteurs politiques espèrent faire entendre leur voix. Parmi ces requérants, Bertin Kissob, candidat recalé à l’élection présidentielle, et Bello Yaya. Tous deux demandent au Conseil de prononcer l’irrecevabilité de la candidature validée de Paul Biya, président du RDPC.
D’autres recours ciblent l’ancien allié du pouvoir, Issa Tchiroma Bakary (FSNC), et Hilaire Macaire Nzipang (Mouvement progressiste), dont les candidatures, quoique validées, sont contestées en interne par des membres de leurs propres partis. Dieudonné Yebga, toujours du MANIDEM, proteste quant à lui contre le rejet de sa propre candidature. Il se revendique du même parti et serait donc le deuxième candidat de cette formation.
Dans un climat marqué par la méfiance à l’égard des institutions, cette phase contentieuse revêt une importance capitale. L’avenir immédiat du processus électoral se joue dans les couloirs feutrés du Conseil constitutionnel. Et dans les rangs de l’opposition comme dans ceux du pouvoir, chacun attend avec fébrilité les premières décisions, qui pourraient bien rebattre les cartes d’une présidentielle déjà controversée. Mais une certitude s’impose déjà : à défaut de challenger de poids, le scrutin pourrait se transformer en simple formalité pour Paul Biya, au pouvoir depuis 1982.
Pour rappel, cette séquence cruciale intervient après la publication, le 26 juillet, de la liste provisoire des candidats retenus par ELECAM.
Julien Efila

