Visite papale: Crtv et Camtel s’accusent
Après la coupure survenue lors de la retransmission du discours du souverain pontife, le 15 avril, les versions contradictoires de la télévision publique et de l’opérateur public des télécoms relancent le débat sur la capacité des structures étatiques à parler d’une seule voix sur un incident hautement symbolique.
Il y a des contradictions qui en disent long. Depuis la rupture du signal survenue le 15 avril lors de la retransmission du discours du pape Léon XIV, une question s’impose : qui dit vrai entre la chaine nationale et l’opérateur historique de télécommunication au Cameroun, car au-delà de la panne elle-même, c’est la cacophonie des explications qui retient aujourd’hui l’attention.
D’un côté, la CRTV évoque une défaillance de la fibre optique pour justifier l’interruption du direct. De l’autre, dans un communiqué ayant pour objet : « Mise au point de CAMTEL suite à l’incident survenu lors de la retransmission au palais de l’Unité du voyage papal au Cameroun », l’opérateur historique de télécommunication au Cameroun, gestionnaire du réseau fibre optique national, rejette en bloc toute mise en cause de ses infrastructures. « Aucune indisponibilité de ses infrastructures, ni faille de son réseau n’est à évoquer », tranche le communiqué daté du 16 avril 2026, signé par la Directrice générale, Judith Yah Sunday épouse Achidi.
CAMTEL affirme en outre que les données techniques recueillies par ses équipes déployées sur le terrain, en coordination avec les administrations et organismes impliqués dans la préparation de l’événement, sont sans équivoque : « Aucune rupture de liaison par fibre optique et aucune panne technique n’ont affecté les infrastructures de CAMTEL et son réseau internet lors de cet incident. »
Plus loin, l’entreprise entre dans le détail technique pour démonter la thèse adverse. Elle explique que la CRTV a délibérément fait le choix de ne pas utiliser le réseau CAMTEL comme source principale de diffusion. À l’aéroport de Nsimalen et sur le trajet vers le Palais de l’Unité, la diffusion s’est effectuée, selon Camtel, « via son propre dispositif de diffusion satellitaire (FLY AWAY), laissant la fibre optique comme éventuelle solution de secours. » Au Palais de l’Unité même, c’est un système TVU, utilisant les données internet mobiles d’autres opérateurs locaux, qui aurait servi de support technique à la retransmission, comme en atteste, précise l’entreprise, la mention « TVU » visible à l’écran lors du direct.
L’entreprise enfonce le clou en soulignant que son centre de supervision des réseaux n’a relevé aucun dysfonctionnement, et que d’autres utilisateurs de la fibre optique, à l’instar de PRC TV, « ont continué à émettre sans interruption » durant le même laps de temps. CAMTEL conclut en déplorant « l’accusation publique et hâtive dont elle a été indirectement l’objet, sans aucune investigation technique contradictoire préalable », tout en se déclarant disponible pour un audit technique conjoint avec les autorités et la CRTV.
Deux versions, deux lectures, et au final une impression persistante : celle d’un État qui peine à exprimer une opinion unifiée sur un incident pourtant hautement symbolique.
Cette contradiction publique, rare à ce niveau, dépasse le cadre technique élémentaire. Elle interroge la coordination entre structures étatiques, mais aussi la chaîne de responsabilité dans la gestion des infrastructures critiques. Dans un contexte où la retransmission concernait un événement d’envergure internationale, la défaillance de communication entre institutions ajoute au malaise.
Julien Efila

