Démocratie au Cameroun: Le citoyen a-t-il encore voix au chapitre ?

Après la présidentielle du 12 octobre 2025, le débat sur la démocratie camerounaise reste vif. En 2026, citoyens, partis politiques et société civile continuent d’interroger la portée du vote, l’exercice des libertés publiques et la capacité réelle des citoyens à peser sur les décisions.

Au Cameroun, la démocratie ne se joue pas uniquement le jour du scrutin. Elle se mesure aussi entre deux élections : dans la liberté de s’exprimer, de se réunir, de contester une décision ou de demander des comptes aux dirigeants. Or, les indicateurs disponibles font apparaître un décalage entre l’existence des institutions et l’exercice concret des droits politiques. Dans son rapport Freedom in the World 2026, l’organisation internationale Freedom House classe ainsi le Cameroun parmi les pays « non libres », avec 15 points sur 100, dont 6 pour les droits politiques et 9 pour les libertés civiles.

Le citoyen dispose pourtant d’un levier essentiel : le vote. Pour la présidentielle de 2025, Elections Cameroon avait retenu 13 candidats sur 83 dossiers examinés. Le 12 octobre, les électeurs ont choisi leur président. Le Conseil constitutionnel a ensuite proclamé Paul Biya élu avec 53,66 % des suffrages, devant Issa Tchiroma Bakary, crédité de 35,19 %. Mais l’après-scrutin a ravivé la question de la confiance électorale. Des manifestations ont éclaté après l’annonce des résultats. Reuters, citant des sources des Nations unies, a fait état de 48 civils tués lors des violences, principalement dans le Littoral. Le gouvernement camerounais n’a pas publié de bilan officiel comparable.

Dès lors, une autre question se pose : que peut faire le citoyen lorsque sa contestation dépasse le cadre du bulletin de vote ? C’est ici que les libertés publiques prennent toute leur importance. Freedom House relève notamment des restrictions concernant les réunions, la liberté de la presse, l’activité de l’opposition et de la société civile, ainsi que des limites à l’indépendance de la justice. Cette situation est accentuée dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, où le conflit entre les forces gouvernementales et les groupes séparatistes perdure. Les violences et les déplacements de populations réduisent l’espace disponible pour une participation normale à la vie publique.

Le fonctionnement des institutions constitue un autre indicateur. Le 25 mars 2026, le président de la République a promulgué la loi n°2026/001 portant prorogation du mandat des membres de l’Assemblée nationale. Le 14 avril, une autre loi a modifié certaines dispositions du Code électoral. Ces textes ne signifient pas, à eux seuls, la disparition du vote. Ils soulèvent toutefois une interrogation sur la place du citoyen dans le calendrier de renouvellement de ses représentants. Car disposer d’un Parlement, de partis, d’élections et d’un cadre légal ne suffit pas à mesurer le pouvoir réel des citoyens.

Celui-ci se vérifie surtout entre deux scrutins : peut-on s’exprimer librement, s’organiser, critiquer, manifester pacifiquement et demander des comptes ? Au Cameroun, les données disponibles montrent que ces différentes dimensions de la citoyenneté ne disposent pas du même espace. La question démocratique ne se résume donc pas à savoir qui gagne une élection. Elle renvoie aussi à une interrogation plus fondamentale : une fois l’urne refermée, quelle capacité le citoyen conserve-t-il pour influencer la marche du pays ?

 

H.T

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