Conseil constitutionnel:  Paul Biya place un homme du sérail

 Par le décret nᵒ 2026/334 du 16 octobre 2026 nommant Rémy Nama à la tête du Conseil constitutionnel en remplacement de Clément Atangana décédé, le chef de l’État vient de confier le sifflet de l’arbitre suprême des élections à un magistrat hors-échelle qui a passé 32 ans à la présidence de la République, relançant le débat sur l’indépendance d’une institution censée dire le droit loin du Palais.

Le rideau est tombé sur l’ère Clément Atangana. Par un décret signé le 16 octobre 2026, le Président de la République, Paul Biya a nommé Rémy Nama à la tête du Conseil constitutionnel, en remplacement de Clément Atangana, décédé le 4 octobre 2026 à Paris.

Diplômé de l’École nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM), promotion 1988, ce magistrat hors échelle, originaire de la Mefou-et-Akono, occupait le poste Chargé de mission au secrétariat général de la présidence de la République au moment de sa nomination. Il a assuré l’intérim à la tête de la division des affaires judiciaires de 2018 à 2021, une fonction stratégique où se pensent et se filtrent les décisions les plus sensibles de l’État.

En 2018, il est désigné membre du comité de suivi du pipeline Tchad-Cameroun comme représentant de la Présidence de la République, en remplacement de Jean Foumane Akame.

Toujours proche du sérail, c’est donc cet homme qui devra désormais veiller à la régularité des élections, proclamer les résultats, trancher les contentieux électoraux, contrôler la constitutionnalité des lois avant promulgation, ou encore constater la vacance en cas de décès, démission ou empêchement définitif du président de la République.

Et pour certains analystes, ce choix du chef de L’Etat interroge. Mieux encore, ils y voient un paradoxe. « Comment peut-on confier le sifflet à quelqu’un qui a passé sa carrière dans le vestiaire d’une équipe », s’est indigné l’un d’entre eux à la dent plus dure.

Il est donc clair que pour certains, la longue proximité de Rémy Nama avec les arcanes du pouvoir soulève une question centrale. Celle qui dérange : saura-t-il exercer ses fonctions en toute indépendance et impartialité ?

Dans les chaumières, la question est sur toutes les lèvres. Dans un climat politique marqué par une suspicion chronique envers les institutions électorales, la nomination d’un homme perçu comme proche du secrétariat général de la présidence de la République est un signal désastreux. Pour ses détracteurs, Remy Nama ne sera ni plus, ni moins qu’un « laquais du SGPR », un exécutant docile, incapable de dire non à ceux qui l’ont fait.

Pourra-t-il alors faire de son expérience au sommet de l’État un atout au service de la justice constitutionnelle, ou alors son passé dans l’arcane présidentiel passera-t-il comme une hypothèque indélébile sur l’indépendance d’une institution déjà fragilisée ? Son prédécesseur, malgré sa stature de magistrat hors hiérarchie doublée de patriarche, n’avait jamais réussi à se défaire de l’étiquette d’homme du RDPC, le parti au pouvoir. Chaque décision, chaque proclamation de résultats était scrutée à l’aune de cette supposée accointance.

Rémy Nama arrive donc avec un handicap plus lourd encore.  Il n’a pas seulement une couleur politique supposée, il a une adresse administrative qui lui colle à la peau : la présidence de la République.  Saura-t-il alors s’en départir ? L’histoire nous le dira. Mais déjà, le doute est installé.

 

J.E

 

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