Blanchiment de capitaux: Yaoundé confie les jeux de hasard à CinetPay
Alors que la fintech ivoirienne se trouve éclaboussée au Sénégal par une affaire de blanchiment de capitaux et de financement de jeux clandestins, la Présidence de la République, par une correspondance du 16 octobre 2026 adressée au Minat, vient de lui confier la supervision administrative des jeux de hasard au Cameroun.
C’est une décision qui interpelle au plus haut point. Le secrétaire général de la Présidence de la République (Sg-Pr), Ferdinand Ngoh Ngoh, a transmis un courrier au ministre de l’Administration territoriale (Minat), Paul Atanga Nji, portant sur la « supervision administrative des jeux de hasard ».
Dans ce document dont nous disposons d’une copie, le SGPR indique clairement : « Faisant suite aux concertations entre le Minfi et l’entreprise Cinetpay, relatives à la détermination du périmètre de supervision des activités de jeux de hasard entre le MINFI et le MINAT, j’ai l’honneur de vous notifier la non-objection de la présidence de la République pour la signature d’un accord entre le MINAT et ladite entreprise en vue de l’assistance technique de cette dernière dans le cadre de la supervision administrative des jeux de hasard incombant au MINAT ».
Cette mission dévolue à CinetPay relève pourtant de prérogatives régaliennes. Le texte précise en effet que « cette supervision portera notamment sur la surveillance des autorisations et de la conformité, l’identification des plateformes et opérateurs clandestins, le contrôle des points de vente, le contrôle de l’âge des joueurs et des pratiques de risques, ainsi que le traçage des circuits non supervisés ». Autrement dit, l’État camerounais délègue à une structure privée extérieure des attributions de police des jeux.
Cependant, cette orientation de Yaoundé pose question. En effet, au même moment à Dakar, cette même entreprise est au centre d’un scandale financier d’envergure, une affaire délicate mise au jour par le quotidien Libération et reprise par Senenews.com.
D’après Libération, la Division Spéciale de Cybersécurité (DSC) sénégalaise a lancé des investigations à la suite de plaintes pour des faits de harcèlement et d’extorsion. Celles-ci ont mis en lumière un mécanisme où des usagers subissaient des pressions de prétendus agents pour recouvrer des crédits en ligne.
Selon les informations rapportées, les flux financiers frauduleux transitaient par une structure appelée Nectar Microcrédit Technologie, établie en Côte d’Ivoire, en s’appuyant sur l’infrastructure de CinetPay. La responsable du développement commercial au Sénégal, identifiée comme M. Faye, a d’ailleurs été interpellée et présentée à la justice.
Mais les révélations les plus alarmantes concernent la perquisition menée dans les locaux de la structure au Sénégal, durant laquelle les autorités ont saisi un document d’immatriculation au nom de Sunutech Ltd Sarl (opérant sous la marque Seyp Sénégal), liée à une escroquerie estimée à plus de 10 milliards de FCFA. Les principaux protagonistes, de nationalité chinoise, se seraient exilés en Côte d’Ivoire, tandis que CinetPay est soupçonnée d’avoir assuré l’ensemble des transactions illicites de cette entité durant l’année 2024.
De surcroît, une sommation de la Loterie Nationale Sénégalaise (Lonase) indique que CinetPay facilitait les flux financiers de trois plateformes de jeux illégaux : 1Win, Betwinner et Melbet.
Dès lors, une interrogation subsiste : est-il pertinent de confier la détection des réseaux clandestins à une solution numérique visée par de telles accusations au Sénégal ? En externalisant une prérogative de police des jeux, les autorités ne font-elles pas courir le danger de céder des informations confidentielles de citoyens camerounais ainsi qu’un domaine névralgique à un acteur impliqué dans des soupçons de blanchiment ?
O.M

