Démocratie: Une ONG alerte sur les dérives

À l’occasion de la Journée internationale de la démocratie, célébrée le 15 septembre 2026, l’ONG, dirigée par Philippe Nanga, a publié une déclaration dénonçant les restrictions des libertés publiques, les détentions postélectorales et les récentes réformes institutionnelles.

La démocratie camerounaise serait-elle en train de perdre le cap ? C’est l’image retenue par l’ONG « Un Monde Avenir » dans une déclaration publiée le 15 septembre 2026, à l’occasion de la Journée internationale de la démocratie. Sous le titre « Cameroun et démocratie, le navire qui chavire ! », son coordonnateur, Philippe Nanga, dresse un état des lieux préoccupant de la vie politique nationale. Au centre de ses préoccupations : les restrictions de l’espace civique, les poursuites visant des défenseurs des droits humains, la liberté d’expression et les modifications récentes du cadre institutionnel.

Pour l’organisation, le pays, qui avait affiché son adhésion à plusieurs instruments régionaux et internationaux en faveur de la démocratie, s’éloigne progressivement des engagements pris. Elle s’appuie notamment sur des déclarations présidentielles antérieures pour mettre en évidence ce qu’elle présente comme un contraste entre les promesses d’hier et la situation actuelle. Dans sa déclaration, Un Monde Avenir affirme qu’au moins 2 000 civils, dont plus d’une cinquantaine de mineurs et des responsables politiques, ont été arrêtés après l’élection présidentielle d’octobre 2025. Selon l’ONG, ces interpellations seraient liées à leurs opinions ou à leur volonté de participer à des manifestations pacifiques. Plusieurs personnes, dont Ludovic Daga, Parfait Aloys Mbvoum Mbvoum et Djeukam Tchameni, seraient toujours détenues.

L’organisation indique également que certains prévenus ont été renvoyés devant les tribunaux militaires de Douala, Yaoundé, Bafoussam et Garoua. Les faits évoqués dans ces procédures comprennent notamment la rébellion présumée, la participation à un attroupement non autorisé, la propagation de fausses nouvelles ou encore le défaut de carte nationale d’identité. Pour l’ONG, la lenteur des audiences prolonge l’incertitude judiciaire des personnes concernées. Autre dossier cité : celui du Réseau des défenseurs des droits de l’homme en Afrique centrale (Redhac). L’organisation affirme qu’après douze mois de fermeture du Réseau, sa coprésidente, Me Alice Nkom, ainsi que sa directrice exécutive, Maximilienne Ngo Mbe, font l’objet de poursuites devant le tribunal de première instance de Douala-Bonanjo. La procédure aurait déjà connu quatorze renvois.

Le calendrier électoral et les réformes institutionnelles en question

La déclaration pointe aussi les poursuites engagées contre des journalistes, des militants, des lanceurs d’alerte et des responsables politiques ou associatifs. Pour Un Monde Avenir, les prises de position critiques à l’égard du pouvoir font l’objet d’une surveillance accrue, y compris sur les réseaux sociaux. Au-delà des arrestations et des poursuites, Un Monde Avenir concentre son attention sur les changements apportés au fonctionnement des institutions. L’organisation relève que le mandat des députés a été prolongé de neuf mois par une loi promulguée le 25 mars 2025, après une première prorogation de douze mois en juillet 2024.

Elle évoque également deux textes promulgués le 14 avril 2026. Le premier modifie certaines dispositions de la Constitution et prévoit la possibilité, pour une personne nommée, d’assurer la plus haute fonction de l’État dans le cadre de la vice-présidence, sans recours direct au suffrage des citoyens. Le second modifie l’article 170 du Code électoral et autorise le président de la République à proroger ou à abréger les mandats des conseillers municipaux.

Pour l’ONG, ces dispositions posent la question de la régularité du renouvellement des mandats et du droit des citoyens à choisir leurs représentants. Elle estime qu’elles fragilisent le principe d’élections périodiques et la participation populaire à la gestion des affaires publiques. Dans son analyse, Un Monde Avenir rappelle que les engagements internationaux pris par les États sont censés être portés au nom du peuple souverain. L’organisation appelle ainsi les citoyens à jouer un rôle actif dans la défense des libertés et dans l’évolution du cadre institutionnel.

« Les gouvernements prennent des engagements, ils adhèrent à des traités, des conventions et autres pactes. Ils le font au nom du PEUPLE SOUVERAIN », souligne la déclaration. Pour Philippe Nanga, la démocratie ne saurait se limiter aux textes ou aux discours officiels. Elle doit également se traduire dans l’exercice des libertés, la protection des droits et la possibilité, pour les citoyens, de participer effectivement aux décisions qui engagent leur avenir.

 

Hélène Tientcheu

 

 

 

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