Pourquoi ils partent: Chômage, richesses dormantes et promesses trahies
Pour de nombreux partants, entre le risque de vivre dans un pays qui « tue » les jeunes et le risque de faire un saut dans l’inconnu, le choix est vite fait.
Seize Camerounais morts dans un conflit lointain. L’émotion est vive. Pourquoi ces jeunes quittent-ils le pays, parfois au péril de leur vie ? Au-delà des circonstances de leur enrôlement, c’est la réalité sociale et économique du Cameroun qui refait surface. D’abord, le chômage frappe de plein fouet la jeunesse. Selon l’Institut national de la statistique (INS), le taux de chômage a fortement progressé ces dernières années, atteignant des niveaux préoccupants (74% en 2024). Plus marquant encore, le sous-emploi touche près de deux actifs sur trois (54%) en juillet 2021. En clair, même ceux qui travaillent peinent à vivre correctement. « On a des diplômes, mais pas d’opportunités. À un moment, on finit par regarder ailleurs », confie un jeune diplômé.
Ensuite, ce malaise s’accompagne d’un sentiment d’impasse. Entre 25 et 35 ans, de nombreux diplômés se retrouvent sans perspectives concrètes. Ce décalage entre formation et débouchés nourrit une frustration grandissante. Dès lors, l’exil apparaît comme une issue, parfois idéalisée. « On ne part pas par plaisir. On part parce qu’on ne voit pas d’avenir chez soi », confie un technicien en bâtiment. Pourtant, le paradoxe est frappant. Le Cameroun regorge de ressources naturelles considérables, évaluées à plus de 130 000 milliards de FCFA. Minerais, forêts, potentiel énergétique : les richesses existent. Mais elles profitent peu à l’économie réelle. Le secteur minier, par exemple, contribue à moins de 1 % du produit intérieur brut. Une grande partie de l’or échappe même aux circuits officiels. « Le pays est riche, mais les populations restent pauvres. C’est là le vrai problème », analyse un économiste.
Dans ce contexte, les promesses venues de l’étranger deviennent plus attractives. Qu’il s’agisse d’emplois, d’études ou de contrats mieux rémunérés, l’idée d’un avenir meilleur prend le dessus. Mais cette quête peut rapidement basculer. Certains se retrouvent piégés dans des situations qu’ils n’avaient pas envisagées, comme l’ont montré les récents décès en Russie. « Si les conditions étaient réunies ici, personne ne prendrait de tels risques », tranche un observateur. Une phrase qui résonne comme un avertissement. Car derrière chaque départ, il y a moins un choix qu’une contrainte. Et derrière chaque drame, une réalité que le pays ne peut plus ignorer. Le phénomène migratoire « s’inscrit dans un environnement marqué par le manque d’opportunités et une valorisation insuffisante des richesses nationales. Tant que ces déséquilibres persisteront, le départ restera une option pour beaucoup ».
H.T

