Vice-président: Poste créé, fauteuil toujours vide

Plus d’un mois après l’instauration d’un poste de vice-président, l’identité de celui ou celle qui viendra renforcer l’efficacité dans la conduite des affaires de l’État reste toujours attendue, renforçant les spéculations.

« On attend l’enfant, l’enfant ne vient pas. » Comme le disait un célèbre artiste camerounais dans une chanson devenue populaire, cette formule résume aujourd’hui parfaitement le climat qui entoure la création du poste de vice-président de la République au Cameroun. La loi a été promulguée, le poste existe officiellement et les attributions sont connues. Mais le titulaire, lui, se fait toujours attendre.

Et plus le silence du pouvoir se prolonge, plus les spéculations s’intensifient. Car en effet, pour certains analystes, derrière ce fauteuil toujours vide se joue en réalité une bataille autrement plus profonde, notamment la succession au sommet de l’État, le vice-président étant constitutionnellement appelé à assurer la vacance en cas de décès ou de démission du président de la République, Paul Biya, âgé de 93 ans.

Yaoundé se trouverait donc face à un véritable dilemme. Qui sera choisi ? Le futur vice-président sera de quelle région ? Quel profil rassurera à la fois le chef de l’État, le RDPC, et les barons du régime ? Et surtout, le potentiel successeur constitutionnel appartiendra à quel réseau ?

Selon plusieurs observateurs politiques, c’est précisément cette bataille des réseaux pour le contrôle du pouvoir qui semble freiner cette nomination tant attendue. Certains noms, censés appartenir à certains réseaux, sont même évoqués. D’après d’autres analystes, le chef de l’État serait plutôt à la recherche d’un profil discret, loyal et politiquement peu menaçant.

Et enfin, le président de la République, Paul Biya, serait à la recherche d’un futur vice-président qui devra répondre à plusieurs paramètres sensibles : appartenance régionale, poids politique, loyauté historique au régime, acceptabilité au sein du RDPC et capacité à maintenir les équilibres communautaires. L’homme du 6 novembre à en croire ces derniers, redoute qu’une désignation mal calibrée ne fragilise les rapports de force construits depuis des années.

Info ou intox, toujours est -il que cette longue attente commence déjà à alimenter un malaise jusque dans les rangs de l’administration. Parce que derrière chaque retard se cache souvent une bataille silencieuse d’influence, de repositionnement ou d’équilibre régional.

Mais, ce cas n’est pas isolé. À l’occasion de son adresse à la nation le 31 décembre 2025, Paul Biya avait annoncé la formation d’un nouveau gouvernement. Cinq mois après, rien n’a été fait. Le 10 février, face à la jeunesse, il annonçait la nomination des directeurs généraux des entreprises publiques. Trois mois plus tard, toujours rien.

Le plus intriguant dans cette affaire étant que le pouvoir semble désormais avoir installé cette logique de non-remplacement dans la durée. Car en effet, comment comprendre qu’après le décès en janvier 2023 de Gabriel Dodo Ndoké, le portefeuille des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, continuant d’être administré dans une logique d’intérim.

Pis encore, comment expliquer que les démissions il y a plus de six mois de certains membres du gouvernement comme Issa Tchiroma Bakary et Maïgari Bello Bouba, n’ont pas davantage entraîné de réorganisation immédiate de l’équipe gouvernementale. Résultat : Mounouna Foutsou et Gabriel Mbairobe, se retrouvent à cumuler deux fonctions ministérielles. Une situation d’autant plus paradoxale dans un pays qui dispose pourtant d’un vivier de ressources humaines qualifiées largement reconnu.

Julien Efila

 

 

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