Cavaye Yéguié Djibril: La fin d’un règne de 34 ans au perchoir de l’Assemblée nationale

Décédé le 6 mai dernier à Mada, l’ancien président de la chambre basse du parlement s’est éteint après avoir dominé cette institution pendant plus de trois décennies.

Djibril Cavaye Yeguié repose désormais, depuis le 6 mai dernier, à Mada, la terre qui l’a vu naître il y a 86 ans, marquant la clôture d’un long bail à la tête de l’Assemblée nationale.

L’ascension de cet enseignant d’éducation physique devenu député au perchoir de la chambre basse du parlement remonte au 31 mars 1992, dans un contexte politique marqué par l’ouverture au multipartisme et la recomposition des équilibres politiques qui met fin à la « période anglophone » à la tête de cette institution.

Une fois installé au perchoir, il y reste durablement, au point de devenir l’un des visages les plus constants des institutions camerounaises. Cette longévité exceptionnelle fait de lui une figure de stabilité dans un paysage politique dominé par la continuité du régime, mais aussi une personnalité régulièrement critiquée pour sa gestion de l’institution parlementaire.

Ses détracteurs lui reprochent notamment d’avoir contribué à réduire le Parlement à un rôle essentiellement institutionnel, en une chambre d’enregistrement avec une faible capacité de contradiction vis-à-vis de l’exécutif. D’autres évoquent une concentration excessive du pouvoir interne, ainsi qu’une administration de l’Assemblée nationale fortement marquée par la présence des ressortissants de la même aire géographique que lui.

Mais, malgré ces critiques récurrentes, son maintien au perchoir pendant 34 ans témoigne d’une forme de stabilité politique rare dans la sous-région. Peu de responsables auront occupé une fonction aussi stratégique pendant une période aussi longue, traversant sans interruption les différents cycles politiques du Cameroun contemporain.

Sa trajectoire aura également été marquée par les évolutions institutionnelles majeures du pays, notamment la révision constitutionnelle de 2008, qui supprime la limitation des mandats présidentiels. Elle modifie aussi indirectement l’équilibre des pouvoirs au sein de l’État, en retirant au président de l’Assemblée nationale son rôle de successeur constitutionnel potentiel au profit du président du Sénat. Toutefois, ce changement institutionnel n’a pas affaibli son influence.

Né en 1940, Cavaye Yéguié Djibril fait ses premiers pas en politique dans les années postindépendance avant de s’imposer progressivement comme une figure incontournable du régime. Élu député dès 1970 sous la bannière de l’Union nationale camerounaise, parti unique d’alors, il traverse sans rupture les différentes mutations politiques du pays. Questeur, puis vice-président de l’Assemblée nationale, il gravit progressivement les échelons jusqu’à s’imposer comme figure centrale de l’hémicycle.

Originaire du Mayo-Sava, il était également chef traditionnel de premier degré de Mada, cumulant ainsi autorité politique et légitimité coutumière. Un double ancrage qui a d’ailleurs contribué à renforcer son influence dans la région de l’Extrême-Nord, où il demeurait une figure centrale du pouvoir local.

Son départ de la tête de l’Assemblée nationale, le 17 mars 2026, suivi de son décès le 6 mai dernier, referme alors un chapitre majeur de l’histoire institutionnelle du Cameroun. Une époque marquée par la stabilité des institutions, mais également par des débats persistants sur la nature réelle du pouvoir parlementaire dans le pays.

J.E

 

 

 

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