Nécrologie : Cavaye Yéguié Djibril, ex-président de l’Assemblée nationale durant 34 ans, est mort
Après avoir été évincé du perchoir au profit de Théodore Datouo, il y a un peu plus d’un mois, l’ex-président de l’Assemblée nationale est décédé ce 6 mai à Maga par Tokombéré à l’âge de 86 ans.
Brutale et saisissante, la nouvelle est tombée cette matinée du 6 mai 2026. Cavaye Yéguié Djibril n’est plus. L’ancien président de l’Assemblée nationale (PAN) s’est éteint dans son village natal à Mada, dans l’arrondissement de Tokombéré, région de l’Extrême-Nord, à l’âge de 86 ans.
L’homme quitte la scène, quelques semaines seulement après avoir été débarqué du perchoir de la chambre basse du parlement par Paul Biya au profit de Théodore Datouo. Mettant ainsi fin à une longévité exceptionnelle de plus de trente ans au sommet de l’auguste institution.
Son ascension à la tête de l’Assemblée nationale remonte au 31 mars 1992. Ce jour-là, dans un contexte de recomposition des équilibres politiques, le président Paul Biya met fin à la « période anglophone » à la tête de cette institution et porte son choix sur l’enseignant d’éducation physique devenu député.
À la tête de l’auguste chambre, ses détracteurs lui reprochent d’avoir concentré les pouvoirs, transformant progressivement le rôle du président de l’Assemblée en véritable chef administratif. Bien plus, d’avoir transformé l’institution en un espace de regroupement communautaire dans lequel seuls les ressortissants de son aire géographique ont droit de cité.
Bien avant cette consécration, l’homme avait déjà fait ses preuves. Élu député dès 1970 sous la bannière de l’Union nationale camerounaise, le parti unique fondé par Ahmadou Ahidjo, il n’a jamais quitté l’hémicycle. Questeur, puis vice-président, il gravit méthodiquement les échelons, jusqu’à atteindre le sommet.
Toutefois, sa longévité, elle, reste incontestable. Pendant plus de trente ans, il a survécu aux remaniements, aux critiques internes et aux évolutions institutionnelles, notamment la révision constitutionnelle de 2008 qui lui fait perdre son rang de dauphin constitutionnel au profit du président du Sénat. Un épisode qui, à en croire ses proches, n’a pas suffi à l’ébranler durablement.
Aujourd’hui, la disparition de Cavaye Yéguié Djibril referme définitivement ce chapitre. Figure incontournable du paysage politique camerounais, il laisse derrière lui une institution qu’il aura profondément marquée, pour le meilleur ou pour le pire. Avec lui, c’est une voix, un style et une époque qui s’éteignent.

