Séjour prolongé de Paul Biya: Le SDF brise le silence
En conférence de presse le 23 juillet à Yaoundé, le chairman du Social Democratic Front (SDF), Joshua Osih, s’est offusqué de l’absence hors du Cameroun du chef de l’État depuis plus de 45 jours et a dénoncé ce qu’il appelle, le « pilotage automatique du pays ».
Qui gouverne ce pays ? La question que bon nombre de Camerounais se posent tout bas était au centre d’une conférence de presse du SDF, le 23 juillet dernier à Yaoundé.
Face aux journalistes, Joshua Osih a donc choisi de briser le silence sur l’absence prolongée du chef de l’État, parti pour ce qui avait été annoncé comme un « court séjour » en Europe. Plus de six semaines après, Paul Biya n’a plus été aperçu en public.
Pour le parti de la balance, au-delà de l’obligation légale, il existe un devoir de transparence vis-à-vis des Camerounais. « Le chef de l’État est absent du territoire depuis plus de six semaines, aucune image, aucune adresse, aucun retour annoncé », s’est-il offusqué. Avant de se demander « si ce n’est d’ailleurs pas fait exprès », visiblement agacé par ce manque de communication officielle.
Pilotage automatique
Le SDF dénonce alors cette opacité qui alimente les spéculations et fragilise les institutions. Mieux, cette situation qui amène le parti à affirmer que le pays n’est plus dirigé. « Le Cameroun est une République en pilotage automatique et l’on ne se remet pas à un pilotage automatique dans la volonté de forcer quelque chose », a déclaré, Joshua Osih.
Pour le parti du regretté, John Fru Ndi, le président de la République n’est pas un citoyen comme les autres. Sa fonction l’oblige à une certaine exemplarité et à une reddition de comptes permanente. Le silence actuel crée un vide. Et dans ce vide, ce sont les rumeurs qui prospèrent, a ajouté un autre cadre du parti, sous anonymat.
Au-delà, le SDF voit dans cette absence un problème de gouvernance. Le parti estime que le pouvoir a pris l’habitude de gérer la communication présidentielle avec un secret qui ne dit pas son nom. « Nous ne demandons pas de violer la vie privée du président. Nous demandons simplement le respect des Camerounais. « Quand le chef de l’État s’absente pour une durée aussi longue, le minimum est d’informer », a martelé le SDF.
Le parti d’opposition s’inquiète aussi des conséquences sur le fonctionnement de l’État. Avec un président absent, qui prend les décisions urgentes ? Qui arbitre les dossiers sensibles ? Autant de questions restées sans réponse depuis le début de ce « court séjour » qui s’éternise. Jusqu’ici, les autorités n’ont pas réagi aux interrogations du SDF, ni aux rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours. L’âge avancé du chef de l’État étant de nature à alimenter encore plus de folles théories.
Pendant ce temps, les Camerounais sont toujours en attente de la nomination d’un vice-président depuis le mois d’avril, ou encore de la formation de l’équipe gouvernementale annoncée depuis plus de huit mois. Ou encore de la nomination des jeunes et des femmes dans les grandes entreprises publiques, une promesse faite le 10 février dernier.
Mieux encore, les souffrances des populations sont de plus en plus poussées. Les prix des denrées grimpent chaque jour, les engagements de l’État peinent à être payés, le pays s’endette pour des broutilles, l’or sort frauduleusement avec des pertes évaluées à des milliers de francs CFA, le chômage des jeunes reste sans réponse. Et une décomposition sociale qui fait des féminicides et des infanticides, une actualité quotidienne.
Julien Efila

