Conseil constitutionnel: Que cache la nomination de Rémy Nama ?
Dans un pays habitué aux vacances prolongées au sommet de l’État, la célérité qui a marqué la nomination de ce magistrat, à la tête du Conseil constitutionnel, 12 jours seulement après le décès de Clément Atangana, le 16 octobre 2026, interroge.
Douze jours à peine. C’est le temps qu’il aura fallu à Paul Biya pour remplacer Clément Atangana, décédé le 4 octobre 2026 à la tête du Conseil constitutionnel. Pour qui connaît le rythme habituel du palais d’Etoudi, où les dossiers les plus urgents mettent des mois voire des années à trouver une signature, cette célérité est une anomalie. Une anomalie qui interroge.
D’ordinaire, au Cameroun, ça traîne. C’est même devenu une marque de fabrique. À titre d’illustration, à l’issue de la dernière présidentielle au cours de laquelle Paul Biya avait obtenu 53,66 % contre 35,19 % pour Issa Tchiroma Bakary, le chef de l’État, à l’occasion de sa prestation de serment le 6 novembre 2025, avait laissé entendre qu’un nouveau gouvernement sera mis sur pied « dans les prochains jours ». Un an plus tard, rien. Les ministres en poste depuis au moins sept ans, et même des décennies pour certains, sont toujours maintenus.
Adopté par le parlement réuni en congrès le 4 avril 2026, le poste de vice-président de la République existe, mais son siège est toujours vide. Il en est de même pour la nomination des jeunes et des femmes aux postes de directeurs généraux dans certaines entreprises publiques, promesse tenue le 10 février 2026 qui tarde à se concrétiser.
On attend enfin un président pour le Conseil économique et social, qui a perdu son titulaire depuis le 14 octobre 2025 et n’a jamais été remplacé. Et la liste est longue. Certains postes ministériels sont vacants, leurs titulaires, à l’instar de Gabriel Dodo Ndoke, décédé le 21 janvier 2023 par exemple, n’ont jamais été remplacés. Idem pour les démissionnaires. Pour colmater les brèches, on a inventé le concept du « double ministre », dans un pays où ce ne sont pas les compétences qui manquent.
C’est la gestion à l’usure, le règne du provisoire qui dure. Alors, pourquoi cette fois, ça va si vite ? Pourquoi introniser en urgence Rémy Nama, alors même que Clément Atangana n’a pas encore été inhumé ?
Dans ce vide d’explications officielles, certains observateurs de la scène politique camerounaise semblent lire dans une boule de cristal et croient connaître les motivations du Chef de l’État.
Première lecture : Paul Biya nomme vite le remplaçant de Clément Atangana parce qu’il est conscient que s’il lui arrivait de quitter la scène, il faudra constater la vacance. Or, qui doit constater la vacance de la Présidence de la République en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif ? Le Conseil constitutionnel. Son président.
Deuxième lecture, plus politique : il ne joue pas avec le poste qui lui permet de conserver son pouvoir, affirment-ils. Le Conseil constitutionnel, c’est le verrou final. Celui qui veille à la régularité des élections, proclame les résultats et tranche les contentieux.
Dans un système où chaque scrutin est contesté, c’est l’institution la plus stratégique pour la préservation du pouvoir. On peut laisser un ministère avec un intérimaire, mais pas le Conseil constitutionnel sans président.
Le temps est donc court et le Président de la République, selon ces lectures, se retrancherait à l’essentiel pour préserver son système. Reste que cette précipitation, dans un océan de lenteurs, a au moins le mérite de révéler où se situent les vraies priorités du pouvoir de Yaoundé.
J.E

