Présidentielle 2025: Douze candidats sur la ligne de départ
Ils ont définitivement été retenus à l’issue du contentieux préélectoral dans un contexte marqué par l’élimination de Maurice Kamto, deuxième à la présidentielle d’octobre 2018.
C’est dans la nuit du 5 au 6 août, à l’issue de débats houleux, que le Conseil constitutionnel a mis un point final au processus d’examen des 35 recours soumis à son appréciation dans la foulée de la publication, le 26 juillet, de la liste provisoire des candidatures à la présidentielle publiée par Elections Cameroon (ELECAM), l’organe en charge de l’organisation des élections au Cameroun.
Des 13 candidatures validées initialement par ELECAM, il n’en reste plus que douze. Et le grand perdant de cette vague d’invalidation reste Maurice Kamto. Sa candidature, jugée non conforme pour cause de « pluralité d’investitures » au sein du MANIDEM, a été définitivement rejetée. Un coup dur pour l’opposition, tant l’ancien leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) était perçu par certains comme le principal challenger du président sortant, Paul Biya.
L’autre éviction marquante concerne Hilaire Nzipan, du Mouvement progressiste (MP), dont la candidature avait été préalablement validée par l’organe en charge de l’organisation des élections au Cameroun avant d’être annulée par le Conseil constitutionnel. Les juges du Conseil constitutionnel ont en effet donné droit à la saisine de Christine Moullende, sœur ainée de l’ancien coordonnateur de cette formation politique, Jean-Jacques Ekindi, qui revendique le statut de véritable coordonnatrice du parti, et qui contestait la légalité de l’investiture de Nzipan.
Divisions, exclusions et fractures internes
Les cas de rejet pour cause de pluralité de candidatures, déjà fréquents en 2018, ont à nouveau pesé lourd. Le Conseil constitutionnel a rejeté toutes les candidatures liées à l’Union des populations du Cameroun (UPC), en proie à des luttes de leadership internes. Jean Bahebeck, Yamb Ntimbane et Abdouraman Hamadou Babba sont tous écartés, malgré la tentative de deux factions rivales de s’imposer comme ligne légitime du parti.
Les recours visant Cabral Libii (PCRN) et Issa Tchiroma Bakary (FSNC), déposés par des dissidents de leurs propres partis, ont quant à eux été rejetés. Les deux hommes sont donc bel et bien en lice pour cette élection cruciale.
Vers un nouveau plébiscite ?
À deux mois du scrutin, une impression domine : la configuration politique actuelle semble largement favorable à Paul Biya, 93 ans, qui brigue un huitième mandat après 43 ans au pouvoir. L’éviction de son principal opposant, l’absence de candidats unificateurs dans l’opposition, les querelles internes dans de nombreux partis et le contrôle institutionnel du processus électoral donnent au scrutin un air de déjà-vu.
Certes, le multipartisme formel est respecté avec la présence de douze candidats, mais dans les faits, la compétition paraît déséquilibrée. Depuis l’ouverture du jeu politique dans les années 1990, aucune élection présidentielle au Cameroun n’a donné lieu à une véritable alternance. Et les mécanismes institutionnels, bien que modernisés sur le papier, continuent d’être perçus comme biaisés. Le rôle d’ElECAM, considéré comme peu indépendant, et celui du Conseil constitutionnel, dont les décisions tranchées en faveur du pouvoir nourrissent la suspicion, alimentent cette impression que le scrutin d’octobre pourrait bien n’être qu’un rituel électoral sans surprise.
Dans ce contexte, la vraie question reste posée : l’élection présidentielle de 2025 peut-elle encore réserver une surprise démocratique ? À mesure que les figures de l’opposition sont neutralisées ou divisées, la probabilité d’un véritable duel politique s’amenuise. À défaut d’un renouveau, le Cameroun semble s’acheminer vers une nouvelle reconduction du président sortant, dans un silence résigné, et sans véritable débat sur l’avenir du pays.
Face à ces divisions, Patricia Tomaïno Ndam Njoya, Akere Muna et Issa Tchiroma Bakary ont néanmoins lancé un appel à une candidature consensuelle pour contrer Paul Biya. Un vœu pieux ou un véritable tournant stratégique ? Pour l’instant, l’idée reste à l’état d’intention. Aucun ralliement concret n’a encore à date émergé.
Julien Efila

