Cour suprême: Le Procureur général est mort
Le magistrat Luc Ndjodo est décédé le 1er août 2025 à Yaoundé des suites de maladie, à l’âge de 72 ans.
Luc Ndjodo n’est plus. Le procureur général près la Cour suprême, la plus haute juridiction du Cameroun en matière judiciaire, administrative et des comptes, a tiré sa révérence le 1er aout 2025 à Yaoundé, des suites de maladies. L’un de ses derniers actes publics remonte au vendredi 21 février 2025 à l’occasion de l’audience de rentrée solennelle de la Cour suprême.
Prenant la parole pour présenter ses traditionnelles réquisitions d’ouverture d’audience, le Procureur général (PG) rappelle fort opportunément que l’audience solennelle a pour fondement l’article 33 de la loi n° 2006/016 du 29 Décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême, modifiée et complétée par la loi n° 2017/014 du 12 Juillet 2017. Et d’axer ses réflexions sur la sanction de l’inconduite de l’agent public au cours de l’action répressive.
Fustigeant l’emprise des pouvoirs et de ses agents, le Procureur général près la Cour suprême relève que la position privilégiée de l’Etat et de ses agents l’expose à des tentations. Pour MONTESQUIEU, rappelle-t-il, « le pouvoir est toujours tenté de menacer de porter atteinte aux libertés publiques ». Seulement, requiert Luc Ndjodo, l’Etat doit néanmoins tenir compte de la maxime latine « ubi societas, ibi jus ». Traduite par « à chaque société son droit », cette maxime infère que le droit est à l’image de la société à laquelle il s’adresse.
Pouvoirs régaliens
Insistant sur la primauté de la règle de droit, le Procureur général relève que le droit module la vie quotidienne dans toutes ses articulations, et concourt à la satisfaction des besoins primordiaux des populations. Il est spécifique à la société concernée et en respecte les caractéristiques. La fonction de légiférer astreint ainsi les organes publics compétents à prendre prioritairement en compte les besoins des membres de la communauté.
Et d’estimer que les règles de droit sont « l’instrument privilégié de la régulation des comportements des individus et des institutions. Leur primauté les situe au-dessus de toute autre règle admise au sein de la société. Considérée comme étant l’émanation de la volonté du peuple, elles sont faites pour l’homme dont elles réaffirment l’humanité, le rôle incontournable dans la conduite des affaires de la cité et sur l’environnement. L’action judiciaire qui fait partie des pouvoirs régaliens de l’Etat a été conçue en conséquence. En matière pénale notamment, rappelle-t-il, il est admis que nul n’est censé ignorer la loi ».
Dans leur fondement, rappelle le PG, les normes pénales ont vocation à circonscrire les bases d’une coexistence convenable et consensuelle entre les personnes. Chaque membre de la communauté se garde de nuire à autrui, en même temps qu’il est investi du loisir de jouir sans entrave du bénéfice de ce qui lui est légalement reconnu.
Pour le PG, les citoyens aspirent à une vie sociale tranquille. Les règles de conduite édictées par la loi pénale ont pour finalité le maintien du bon ordre. Elles concourent à la promotion d’une cohabitation organisée et apaisée.
Et de rappeler que L’attention particulière portée par les pouvoirs publics à l’application judicieuse des mesures restrictives des libertés procède de l’obligation pour les fonctionnaires de respecter le principe de la présomption d’innocence, mais aussi et surtout, de veiller à la protection des droits humains en général.
Né à Komo Mbokani, dans l’arrondissement d’Obala, il était originaire du département de la Lékié. Diplômé de l’Ecole nationale d’Administration et de magistrature (Enam) en 1978, il a servi dans la magistrature pendant de longues années. Plusieurs juridictions du pays ont connu le passage de Luc Ndjodo.
Deux ans après sa sortie de l’Enam, il est nommé président du tribunal de Mokolo dans la région de l’Extrême-Nord. Deux ans après, une autre décision le nomme procureur de la République à Mbalmayo. Il y travaille jusqu’en 1985, année où il est rappelé au ministère de la Justice. Cinq ans plus tard, il a renoué avec le travail près les juridictions après avoir travaillé en détachement au ministère de la Condition féminine en qualité de chargé d’études adjoint dès 1988. En 1991, il est nommé procureur d’Etat à Nkongsamba avant d’être ramené au ministère de la Justice pour occuper le poste de directeur adjoint chargé des affaires judiciaires et du Sceau.
Dans le même ministère il devient directeur des professions judiciaires en 1997 avant d’être nommé en 2000 procureur général près la Cour d’appel du Littoral. Il passait ainsi, du travail au sein des juridictions modernes de premier degré, au travail dans les juridictions de second degré. Douze ans plus tard, Luc Ndjodo accède à la Cour suprême, au 3è degré de juridiction en qualité de premier avocat général près le parquet général de la Cour suprême, puis il devient procureur général de la haute cour. Magistrat hors hiérarchie 1er groupe depuis 2014, Luc Ndjodo est aussi auteur du livre « Les enfants de la transition, une génération en danger », publié à l’Harmattan en septembre 2011.
Maixent Fegue

