Mobilité économique: Un potentiel immense encore freiné par des frontières invisibles
Alors que la mobilité des talents, des capitaux et des connaissances est devenue un facteur clé de développement, les pays francophones peinent encore à exploiter pleinement cet atout.
La Francophonie partage une langue, des liens historiques et des marchés souvent complémentaires. Pourtant, les échanges économiques entre ses pays restent bien en dessous de leur potentiel. C’est ce constat qui sera au cœur des discussions de la 5ᵉ Conférence internationale sur la Francophonie économique (CIFÉ 2026), prévue du 8 au 10 décembre prochains à Abidjan. Pour les organisateurs, la mobilité économique ne se résume plus aux déplacements de travailleurs. Elle englobe aussi les investissements, la circulation des entrepreneurs, des étudiants, des chercheurs, des technologies et des idées. Autant de mouvements qui peuvent créer des entreprises, générer des emplois et accélérer l’innovation. « La mobilité économique apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux moteurs de la transformation des économies et du renforcement de leur capacité d’innovation », soulignent-ils.
Dans un monde où les échanges se multiplient et où le numérique efface progressivement les distances, les pays qui réussissent sont souvent ceux qui attirent les compétences, les financements et les innovations. À l’inverse, ceux qui peinent à créer des passerelles voient partir leurs talents ou leurs investisseurs vers des destinations plus attractives. L’espace francophone possède pourtant des arguments solides. Il rassemble près de 400 millions de locuteurs répartis sur cinq continents et connaît une forte croissance démographique, notamment en Afrique. Cette communauté représente un marché important où la langue facilite les échanges, les partenariats et les affaires.
Mais cette richesse reste encore insuffisamment exploitée. Les investissements entre pays francophones demeurent limités, tout comme les partenariats technologiques ou les échanges commerciaux. Les complémentarités existent, mais elles se traduisent encore difficilement dans les faits. L’Afrique francophone illustre cette réalité. Bien que la région dispose d’importantes ressources et d’un vaste espace de coopération, une grande partie des investissements provient aujourd’hui de pays non francophones. Selon les données citées par les organisateurs de la conférence, les Émirats arabes unis, la Chine et les États-Unis figurent parmi les principaux investisseurs sur le continent. Entre 2019 et 2023, les Émirats arabes unis ont engagé près de 110 milliards de dollars dans de nouveaux projets africains, dont plus de 72 milliards dans les énergies renouvelables.
Ces chiffres montrent que l’Afrique attire les capitaux, mais ils interrogent également la capacité de la Francophonie à investir davantage dans son propre espace économique. Pour les promoteurs de la CIFÉ, le défi consiste désormais à renforcer les échanges entre pays francophones afin que les talents, les entreprises et les financements circulent plus facilement. Les débats d’Abidjan chercheront justement à faire émerger des réponses concrètes. Chercheurs, responsables publics, entrepreneurs, investisseurs et représentants des diasporas confronteront leurs expériences pour identifier les leviers capables de renforcer cette mobilité économique.
H.T

