Urgences sanitaires et climat: L’Afrique trace sa feuille de route à Yaoundé
Réunis le 30 juillet dernier dans la capitale camerounaise pour le 5ᵉ Forum international sur la gestion des urgences de santé publique, experts, décideurs et partenaires ont lancé un appel à l’action pour renforcer la résilience climatique des systèmes de santé africains.
Face à la hausse alarmante des crises sanitaires d’origine climatique, le continent n’a plus le luxe d’attendre. C’est dans ce contexte que s’est ouvert le 5ᵉ Forum international sur la gestion des urgences et événements de santé publique, à l’hôtel Hilton de Yaoundé le 31 juillet dernier.
Placé sous le thème « Urgences de santé publique et changement climatique en Afrique : défis et perspectives », ce rendez-vous stratégique, présidé par le ministre de la Santé publique, Malachie Manaouda, représentant le premier ministre, a mis l’accent sur un impératif devenu crucial : renforcer la résilience des systèmes de santé africains face aux bouleversements climatiques.
Face à cette urgence, le forum de Yaoundé se positionne comme un levier de coordination et de transformation. Il a rassemblé une diversité d’acteurs : des ministres africains, des experts en santé publique, des représentants d’organisations internationales, DES ONG, des universitaires, des bailleurs de fonds et des délégations venues de plusieurs pays du continent. Tous partagent le même objectif : mutualiser les expériences, identifier des pistes concrètes et impulser une dynamique de renforcement durable des capacités de riposte.
Plusieurs axes prioritaires ont à cet effet émergé des échanges. Il s’agit entre autres de la formation continue et spécialisée des personnels de santé, du partage des bonnes pratiques régionales, de l’investissement dans les équipements de première ligne et les infrastructures. Aussi, les participants ont opté pour l’adoption de l’approche intégrée « Une seule santé » qui relie santé humaine, animale et environnementale. Ainsi que d’une coopération régionale et internationale renforcée, notamment entre les centres de surveillance épidémiologique. « Nous devons cesser de considérer les crises sanitaires comme des fatalités. Elles sont le reflet de nos choix de société et de nos priorités politiques », a déclaré le Dr Isiaq Adehounle Alako, ministre nigérian de la Santé, venu soutenir l’initiative camerounaise. Le Cameroun pour sa part, à travers la voix de son ministre, s’est engagé à mettre en œuvre un mécanisme de suivi post-forum afin d’assurer la transformation effective des recommandations en actions tangibles.
Dans un contexte global où les pays africains doivent faire face à la fois à des défis sanitaires, climatiques, économiques et sécuritaires, la résilience des systèmes de santé devient alors un pilier essentiel de leur souveraineté. Les discussions ont par ailleurs insisté sur l’importance d’une approche multisectorielle, de la décentralisation des réponses et de la santé communautaire comme leviers d’adaptation durable.
Au-delà des diagnostics partagés, le forum de Yaoundé marque une volonté politique forte d’inscrire la gestion des urgences sanitaires dans une vision prospective et intégrée du développement. Une étape décisive dans la construction d’une Afrique capable de faire face aux chocs sanitaires à venir, qu’ils soient épidémiques, climatiques ou structurels.
Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 56 % des urgences sanitaires recensées entre 2001 et 2021 en Afrique ont une origine climatique. La tendance est à la hausse : 242 flambées épidémiques ont été enregistrées en 2024 contre 153 l’année précédente. Inondations, vagues de chaleur, sécheresses prolongées et prolifération de vecteurs pathogènes comme les moustiques aggravent la malnutrition, les maladies hydriques, le paludisme ou la dengue. La vulnérabilité croissante des populations et la faiblesse des infrastructures sanitaires viennent aggraver une situation déjà critique.
Julien Efila

