Union africaine: La plainte de Maurice Kamto fait débat
La récente dénonciation d’un « changement anticonstitutionnel » par ce leader de l’opposition divise profondément la scène politique et relance le débat sur la légitimité du pouvoir.
L’annonce a immédiatement enflammé le débat public. Le 23 avril 2026, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto a saisi l’Union africaine (UA), dénonçant un « changement anticonstitutionnel de gouvernement » au Cameroun et réclamant des sanctions. Au cœur de cette démarche : la récente révision constitutionnelle du 14 avril, qui introduit un poste de vice-président nommé, appelé à succéder au chef de l’État en cas de vacance du pouvoir.
Pour le MRC, cette réforme marque une rupture. Dans son mémorandum adressé aux instances de l’UA, le parti estime que ce mécanisme « prive durablement les citoyens de l’exercice effectif de leurs droits politiques ». Il pointe aussi les reports répétés des élections législatives et municipales depuis 2024, qu’il considère comme une mise entre parenthèses du vote populaire. « L’instauration d’un mécanisme successoral non électif […] porte atteinte au principe démocratique selon lequel le peuple choisit ses dirigeants », soutient Maurice Kamto.
Cette lecture est partagée par certains observateurs. Pour eux, le débat dépasse les clivages politiques. « Lorsque les élections deviennent rares et que la succession échappe au vote, la légitimité s’érode progressivement », analyse un acteur de la société civile. L’enjeu, insistent-ils, est celui de la place du citoyen dans le choix du pouvoir. « Ce n’est pas un détail technique : c’est la souveraineté populaire qui est en question ». Mais face à cette alerte, les critiques n’ont pas tardé. Plusieurs voix rejettent la démarche du leader du MRC, qu’elles jugent opportuniste. L’universitaire Alphonse Bernard Amougou Mbarga parle sans détour « d’égarement » et de « stratégie pour exister politiquement ». Il rappelle notamment que Maurice Kamto avait soutenu une révision constitutionnelle en 2008, avant de dénoncer aujourd’hui celle de 2026. « Il s’agit de donner l’illusion d’une maîtrise de l’agenda politique », estime-t-il.
D’autres vont plus loin en contestant la légitimité même du MRC à saisir l’Union africaine. « Un parti sans élus limite lui-même son impact sur la décision politique », avance le journaliste Achille Francis Elle Fama, évoquant même un risque de « retournement de sanctions ». Selon cette lecture, la démarche du MRC serait davantage tournée vers ses partisans que vers une réelle influence institutionnelle. Cependant, cette critique ne fait pas l’unanimité. Dans l’opinion, certains s’insurgent contre cette condition implicite. « Pour dénoncer une injustice, faut-il avoir des élus ? C’est quelle loi ? », s’interroge un citoyen, soulignant que le droit d’alerter ne saurait être réservé aux seuls acteurs institutionnels.
Au-delà des positions tranchées, une question domine : quel rôle pour l’Union africaine ? Le MRC invoque les textes qui encadrent la démocratie sur le continent, notamment ceux qui condamnent les ruptures de l’ordre constitutionnel. Pour certains analystes, l’organisation panafricaine est désormais face à un test. « Elle ne peut pas se contenter d’observer. Elle doit vérifier si les engagements démocratiques sont respectés ». Dans ce contexte, la réforme constitutionnelle apparaît comme un point de bascule. Promulguée dix jours après son adoption, elle ouvre la voie à une succession sans élection en cas de vacance du pouvoir. Pour ses détracteurs, elle installe un système qui contourne le vote. Pour ses défenseurs, elle relève d’un aménagement institutionnel légal.
H.T

