UE–Cameroun: Un dialogue crispé après le décès d’Anicet Ekane

La disparition de l’opposant politique a provoqué des réactions officielles : l’Union européenne réclame des garanties, le gouvernement camerounais dénonce une ingérence.

La disparition d’Anicet Ekane, figure historique de l’opposition camerounaise, n’a pas seulement bouleversé le paysage politique national : elle a déclenché un affrontement diplomatique ouvert entre l’Union européenne et le gouvernement camerounais. Dès l’annonce du décès, survenu le 1er décembre 2025 au Secrétariat d’État à la Défense, la délégation européenne a exprimé sa « profonde tristesse » tout en rappelant la nécessité de garantir la sécurité de tous les acteurs politiques. Une mise en garde perçue à Yaoundé comme une intrusion. « Une mission diplomatique ne saurait adresser des injonctions à un État souverain », rétorque le communiqué gouvernemental du 5 décembre.

Très vite, le débat a quitté le terrain humanitaire pour glisser vers un face-à-face politique. Bruxelles souligne l’urgence de « faire justice » et de libérer les personnes arrêtées après la présidentielle contestée du 12 octobre. En miroir, le gouvernement assure que les interpellations répondent aux « graves troubles à l’ordre public » déclenchés après des déclarations unilatérales de victoire. Les autorités rappellent qu’une enquête est ouverte et appellent la délégation européenne à « plus de réserve et de retenue ».

Au cœur de cette tension, la trajectoire du président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem) Anicet Ekane, 74 ans, plane comme un symbole. Arrêté le 24 octobre à Douala, transféré à Yaoundé, il était poursuivi pour hostilité envers la patrie et incitation à l’insurrection après avoir soutenu l’opposant Issa Tchiroma Bakary. Ses proches dénoncent une détention « inadaptée » à son état de santé fragile, notamment des troubles respiratoires connus. « Son extracteur d’oxygène a été confisqué », affirme son avocat, Me Emmanuel Simh, qui évoque des « conditions inhumaines ».

Parce qu’elle intervient en pleine crise post-électorale, la mort d’Anicet Ekane cristallise des enjeux qui dépassent le seul cas individuel. L’Union européenne y voit un épisode révélateur du climat politique actuel et réitère son appel à éviter le recours excessif à la violence. Le gouvernement, lui, dénonce des « allégations dénuées de fondement » et rappelle que les institutions nationales sont « pleinement capables » de mener une enquête impartiale.

Hélène Tientcheu

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