Septennat 2025-2032: Paul Biya pose ses premiers actes

Comme annoncé lors de son discours d’investiture le 6 novembre dernier, le chef de l’Etat a instruit le gouvernement de prendre des mesures urgentes pour solutionner les défis au financement des jeunes entrepreneurs et la relance des études doctorales. D’autres actions restent attendues en faveur des femmes et des jeunes.

Vingt-deux juniors entreprises issues des structures d’incubation des universités d’État et grandes écoles bénéficieront d’une subvention globale de 420 millions de FCFA. L’annonce a été faite le 5 novembre 2025 dans un communiqué conjoint signé par le ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, et le ministre des Petites et moyennes entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, Achille Bassilekin III.

Les projets sélectionnés couvrent principalement l’agro-industrie, l’agroalimentaire, le numérique, les services, les BTP, la filière forêts-bois et l’industrie manufacturière. L’initiative s’inscrit dans le prolongement de l’accompagnement des lauréats de la 7ᵉ édition du Salon du génie et du talent de l’étudiant camerounais (Getec), organisée en juin à Yaoundé, et vise à renforcer la dynamique d’entrepreneuriat étudiant au sein des campus.

Le comité de sélection a siégé les 30 et 31 octobre ainsi que le 3 novembre pour examiner les 33 dossiers transmis par le ministère de l’Enseignement supérieur. Vingt-deux projets ont obtenu un avis favorable, selon le procès-verbal du comité. Les lauréats, listés en annexe du communiqué, bénéficieront d’un appui financier et d’un accompagnement technique destiné à améliorer la viabilité de leurs entreprises et à encourager la création d’emplois durables.

Avant tout décaissement, chaque bénéficiaire devra signer « un cahier de charges » définissant les conditions d’utilisation des fonds, les modalités de contrôle et les mécanismes de suivi-évaluation, précisent les deux ministères. Ils réservent également la possibilité de mener des contrôles réguliers pour garantir une utilisation conforme de ces ressources publiques.

Cette mesure s’inscrit dans la politique gouvernementale de promotion de l’entrepreneuriat étudiant, qui vise à transformer les universités camerounaises en pôles d’innovation. Les incubateurs universitaires offrent un cadre d’immersion aux étudiants-entrepreneurs, leur permettant d’acquérir les compétences utiles à leur insertion professionnelle, que ce soit par l’auto-emploi ou la création d’entreprise.

L’enjeu est d’autant plus stratégique que le chômage touche plus fortement les diplômés que les non-scolarisés. En 2023, le taux de chômage des jeunes titulaires d’un diplôme supérieur atteignait 14,8 %, contre 3 % chez les jeunes non scolarisés, selon l’Institut national de la statistique (INS). Cette situation illustre la persistance d’un décalage entre les formations universitaires et les besoins d’un marché du travail dominé par l’informel.

Dans son message à la jeunesse le 11 février 2024, le président Paul Biya avait d’ailleurs exhorté les jeunes à saisir les opportunités offertes par « des secteurs porteurs comme l’agropastoral et le numérique », tout en rappelant que la Fonction publique ne pouvait absorber l’ensemble des diplômés. Il appelait les jeunes à « oser entreprendre » et à faire preuve de créativité dans la construction de leur avenir professionnel.

Le développement des incubateurs universitaires repose sur une convention signée en 2017 entre le ministère de l’Enseignement supérieur et le ministère des PME, de l’Économie sociale et de l’Artisanat. Ce partenariat, inscrit dans le Programme national des structures d’incubation d’entreprises, vise à détecter, encadrer et accompagner les projets portés par les étudiants souhaitant s’engager dans l’entrepreneuriat.

Ecoles doctorales

Après le financement des jeunes entrepreneurs, le gouvernement prépare la relance des formations doctorales dans les universités d’État, suspendues depuis plus d’un an. Une « réunion stratégique » se tiendra ce mercredi 12 novembre 2025 au ministère de l’Enseignement supérieur, à Yaoundé, sous la présidence de Jacques Fame Ndongo. L’objectif : préciser les modalités de reprise de ces programmes.

Selon une correspondance signée le 7 novembre par le ministre, la rencontre réunira les vice-chancellors et recteurs des universités publiques afin de « définir les orientations majeures pour la redynamisation des programmes doctoraux, en cohérence avec les priorités nationales de développement, les standards internationaux et les aspirations de notre jeunesse ». Les responsables universitaires devront soumettre des propositions concrètes sur les axes de recherche prioritaires, la capacité d’encadrement, les mécanismes de suivi des doctorants ainsi que les stratégies de financement et de pérennisation des formations.

Une mesure d’impulsion présidentielle

Cette initiative découle des instructions du président Paul Biya, réélu le 6 novembre avec 53,66 % des suffrages. Lors de son discours d’investiture, il a annoncé la reprise des études doctorales dans les universités publiques. « Ayant été saisi à cet égard, par les jeunes, qui en étaient fort préoccupés, je viens d’ordonner la reprise des études doctorales dans les universités, au cours de cette année académique », a déclaré le chef de l’État, plaçant la jeunesse et la recherche au cœur de son nouveau mandat.

Une suspension qui aura duré plus d’un an

La suspension du cycle doctoral remonte à juillet 2023, lorsque le ministre de l’Enseignement supérieur avait ordonné l’arrêt des sélections pour les thèses de Doctorat/PhD « jusqu’à nouvel ordre ». Cette décision s’inscrivait dans le cadre d’un audit de la soutenabilité financière des formations. L’objectif affiché : garantir la viabilité économique du système et éviter tout préfinancement condamnable des soutenances par les étudiants.

À l’époque, les universités devaient produire un rapport analytique détaillé sur leur capacité d’encadrement, leurs dépenses liées aux jurys de thèse (de 2020 à 2023) et la viabilité budgétaire des programmes à moyen terme. Le ministre précisait que ce rapport constituait un « prérequis » à toute reprise des sélections doctorales.

Cette mesure, bien que justifiée par des impératifs de transparence, avait suscité de vives réactions au sein du monde académique. Enseignants et étudiants dénonçaient alors un blocage prolongé du parcours de formation et une mise en péril de la dynamique scientifique nationale. La relance annoncée marque donc un tournant attendu, à la fois symbolique et stratégique, dans la politique de formation et de recherche du Cameroun.

Maixent Fegue avec SBBC

 

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