Portrait de campagne: L’homme qui veut refonder la République
À la tête d’un SDF affaibli mais résilient, Joshua Osih entre dans la présidentielle 2025 avec pour ambition de rompre avec la centralisation autoritaire du pouvoir et reconstruire l’État social.
Trente-cinq ans après sa création, le Social Democratic Front (SDF) reste dans la mémoire collective camerounaise le parti de la première grande contestation démocratique des années 1990, incarnée par feu Ni John Fru Ndi. Mais entre boycott électoraux, défections, essoufflement idéologique et répression politique, le parti a connu une lente érosion. Dans ce contexte, Joshua Osih apparaît comme le dernier grand nom à tenter de faire vivre le projet d’une gauche sociale-démocrate crédible dans le champ politique camerounais. Le 17 juillet 2025 à Bamenda, l’honorable a officiellement déposé sa candidature à l’élection présidentielle prévue le 12 octobre prochain.
Il ne s’en cache pas : « J’ai appris la politique derrière ces aînés. J’ai connu la calomnie et l’humiliation, mais je suis resté fidèle », écrit-il dans sa déclaration. À contre-courant de la logique des ruptures médiatiques ou des reconversions politiques stratégiques, Joshua Osih mise sur la cohérence et la loyauté. Ce positionnement peut paraître peu vendeur dans un pays où la communication politique est souvent plus percutante que le fond. Mais lui l’assume : « Je ne porte pas un projet de haine. Je ne suis pas un homme de revanche. Je suis un homme de solution ».
Si son profil de parlementaire et d’homme d’affaires formé à l’école de la gestion peut le rapprocher d’autres candidats, Joshua Osih cherche à tracer sa différence dans une approche de terrain. Depuis 2023, il dit avoir parcouru à trois reprises l’ensemble du pays, rencontré les déplacés internes, les réfugiés, les paysans, les commerçants, les enseignants. Il en tire une conviction centrale : le Cameroun est un pays en crise profonde de citoyenneté, où près de 15 millions de personnes vivraient sans existence légale, sans carte d’identité, sans acte de naissance, sans accès à l’école au-delà du CE2, sans droits.
Le fédéralisme comme projet d’État
De ce diagnostic, il construit une critique plus large de l’architecture sociale actuelle : « Nous sommes dans un pays où même les agriculteurs, pourtant au cœur de notre économie, n’ont pas de statut ». À cela, il répond par une politique de reconnaissance. Il propose la mise en place d’un statut citoyen universel, d’une « bourse familiale » inspirée du modèle brésilien pour sortir des millions de Camerounais de la pauvreté, et une réforme de l’état civil pour garantir à chaque citoyen une existence juridique.
Mais son projet ne s’arrête pas à la redistribution sociale. Il prend une tournure plus audacieuse et plus clivante, lorsqu’il évoque la refondation des institutions sur un modèle fédéral. « Le Cameroun est devenu une autocratie. Je m’oppose à la concentration du pouvoir entre les mains d’un individu ou d’un petit groupe », affirme-t-il. Son ambition : transférer l’essentiel du pouvoir aux communes, inscrire le fédéralisme dans la Constitution, et renverser la logique du centralisme « étouffant » incarné par Yaoundé. « Ce qui peut être fait à la base doit être fait à la base », insiste-t-il.
L’idée est ancienne au sein du SDF, mais elle revient ici comme un pilier de campagne. Il pense que dans un pays où la crise anglophone a révélé l’épuisement du modèle unitaire, cette proposition peut parler à une frange importante de la population, au-delà même des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Mais elle pourrait aussi servir de prétexte à ses adversaires pour agiter le spectre d’une division nationale, souvent brandi dès qu’on évoque le fédéralisme.
Cependant, Joshua Osih ne fait pas campagne sur des slogans radicaux. Il insiste sur la méthode : écouter, toucher, voir, dialoguer. Il se définit comme un « candidat des solutions » plutôt que de la contestation. Une posture qui le distingue à la fois du pouvoir actuel, qu’il accuse d’avoir « capturé l’État à des fins privées, et de certaines oppositions plus virulentes, parfois centrées sur la seule figure présidentielle ». Il dit vouloir remettre le pouvoir au peuple, mais sans tomber dans le populisme. Il promet de « rendre des comptes chaque année au Parlement et au peuple », d’incarner une présidence de proximité, de service et de transparence. « Le sens de l’honneur public, c’est cela : rendre compte. Le Président actuel n’est jamais venu au Parlement. Moi, j’y viendrai chaque année ».
Reste une question : dans un paysage politique fragmenté, où plusieurs candidatures issues de l’opposition se bousculent, où les alliances sont incertaines, et où le pouvoir sortant conserve les leviers institutionnels, Joshua Osih a-t-il une chance réelle ? Le vote d’octobre le dira.
Hélène Tientcheu

