Population et habitat: Ces recensements inutiles
Après plus de 20 ans sans comptage officiel, le gouvernement annonce la tenue du 4ᵉ recensement général de la population et de l’habitat, du 24 avril au 29 mai 2026.
Attendu depuis plus de deux décennies, le gouvernement vient de fixer les dates du quatrième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-4). Dans un arrêté signé le 6 mars dernier, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a annoncé que les opérations de collecte des données se dérouleront sur l’ensemble du territoire national du 24 avril au 29 mai 2026.
Pour les pouvoirs publics, cette opération statistique doit permettre de disposer de données démographiques et socioéconomiques actualisées, indispensables pour la planification du développement et la mise en œuvre de politiques publiques adaptées aux réalités du pays. Il doit ainsi permettre de connaître l’effectif réel de la population et de mieux comprendre sa structure selon l’âge, le sexe ou les caractéristiques socio-économiques.
Les informations recueillies serviront également à déterminer la répartition de la population par circonscription administrative, par collectivité territoriale décentralisée et par unité de commandement traditionnel. Elles permettront aussi d’actualiser le fichier national des localités et de constituer une base de données sociodémographiques complète.
L’opération concerne l’ensemble des personnes physiques résidant sur le territoire national, à l’exception des membres du corps diplomatique et consulaire ainsi que de leurs familles. Les informations collectées porteront notamment sur la taille des ménages, la structure de la population, les caractéristiques de l’habitat et les conditions de vie des Camerounais.
Au-delà des aspects démographiques, le recensement doit permettre d’étudier le cadre de vie des populations, les équipements des ménages et les outils de production. Les données obtenues contribueront notamment à l’élaboration de la carte sociale du pays et à l’identification des infrastructures de base nécessaires dans les différents territoires.
L’opération vise également à produire des informations utiles pour le suivi et l’évaluation des programmes de développement, notamment ceux liés à la croissance économique, à la réduction de la pauvreté et au renforcement des politiques publiques en faveur des femmes, des jeunes, des personnes âgées ou encore des personnes en situation de handicap.
Le RGPH-4 permettra, in fine, de recueillir des données sur les mouvements naturels et migratoires de la population, et de mettre en place une base de sondage destinée aux futures enquêtes statistiques. Les résultats serviront également à suivre l’évolution démographique du pays dans les années à venir.
Pour rappel, le premier recensement général de la population et de l’habitat avait été réalisé en 1976. À l’époque, la population du pays était estimée à un peu plus de 7,6 millions d’habitants. Onze ans plus tard, en 1987, un deuxième recensement national révélait une population dépassant les 10 millions d’habitants. Cette opération avait permis de mieux comprendre les dynamiques démographiques et les besoins en infrastructures dans un pays en pleine transformation. Il faudra ensuite attendre près de deux décennies pour la troisième édition du recensement, organisée en 2005. Les résultats avaient alors établi la population camerounaise à plus de 17 millions d’habitants. Entre la période du recensement et la publication des résultats y afférents, il s’écoulera près de cinq années. Du coup, les politiques publiques à appliquer étaient largement dépassées.
Depuis lors, aucune opération nationale de cette ampleur n’avait été menée. Pourtant, les estimations démographiques ont continué d’évoluer. Selon les projections des Nations unies, la population du Cameroun avoisinerait aujourd’hui les 28 millions d’habitants.
Julien Efila

