Lutte contre la drogue: La CDHC appelle à un changement de paradigme
Face à la montée en puissance du problème mondial de la consommation des drogues, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) plaide pour une approche fondée sur les droits humains afin de mieux protéger les personnes affectées par le phénomène.
Changer de regard pour changer les résultats. C’est le message qu’a porté la CDH, à l’occasion de la 39e Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite des drogues, commémorée le 26 juin dernier au Cameroun, comme partout ailleurs sur la planète.
Dans une déclaration publiée, le 25 juin, signé, James Mouangue Kobila, le président de cette instance nationale en charge entre autres de la protection et de la promotion des droits humains, l’institution appelle à un véritable changement de paradigme dans la lutte contre la drogue. Pour elle, les réponses ne peuvent plus être uniquement sécuritaires ou répressives. Elles doivent désormais intégrer pleinement la protection des droits humains, la prévention, les soins et la réinsertion sociale.
Pour la commission, le thème retenu cette année à savoir : « Problème mondial des drogues : enjeux persistants, nouveaux défis, réponses innovantes », traduit précisément cette évolution des approches. Il met en évidence la nécessité de renforcer les mécanismes de protection des droits de l’homme face aux effets néfastes du phénomène. Une telle orientation passe, selon l’institution, par le renforcement des garanties juridiques, l’amélioration de l’accès aux soins de santé et aux services sociaux, le développement des mesures de prévention, de traitement et de réinsertion. Ainsi que par la consolidation des dispositifs de soutien communautaire et des mécanismes de responsabilité et de recours.
Au cœur de cette nouvelle vision figure l’un des principes chers à la CDHC, à savoir que les personnes confrontées aux troubles liés à l’usage des drogues doivent être considérées avant tout comme des titulaires de droits. La Commission souligne que les réponses innovantes, inclusives et fondées sur les droits humains sont les seules susceptibles de protéger efficacement les personnes et les groupes les plus vulnérables tout en garantissant leur droit fondamental à la dignité.
La CDHC justifie ce plaidoyer par la réalité observée au Cameroun. Malgré les efforts engagés aux niveaux national et international pour lutter contre l’abus et le trafic illicite des drogues, de nombreuses personnes touchées par les addictions continuent de faire face à l’exclusion sociale, à la stigmatisation et à la discrimination. Cette marginalisation limite leur accès aux soins de santé, aux opportunités d’emploi, à l’éducation ainsi qu’aux dispositifs de réinsertion sociale.
Pour la Commission, cette situation met en évidence les limites des réponses actuelles. Les défis demeurent structurels et empêchent une prise en charge efficace du phénomène. D’où l’urgence, selon elle, de dépasser une logique essentiellement répressive au profit d’une approche globale conciliant sécurité publique, santé publique et protection des droits fondamentaux.
Dans cette perspective, la CDHC rappelle que les familles constituent le premier maillon de la prévention. Elle recommande aux parents, responsables légaux et familles d’instaurer avec les enfants et les jeunes un dialogue régulier, ouvert et non stigmatisant sur les risques sanitaires, psychologiques, scolaires, sociaux et judiciaires liés à la consommation de substances psychoactives. Elle les invite également à renforcer leur vigilance face aux fréquentations, aux changements brusques de comportement, aux lieux de sociabilité et aux usages numériques susceptibles de favoriser l’exposition aux réseaux de trafic.
La Commission encourage en outre les familles à rechercher rapidement un accompagnement médical, psychologique, social ou éducatif dès l’apparition de signes d’addiction ou de vulnérabilité. Elle les exhorte enfin à signaler aux autorités compétentes les circuits de trafic, les points de vente ou les pratiques d’incitation à la consommation qui mettent en danger les enfants, les jeunes et les communautés.
Julien Efila

