Faune : L’Etat déclare la guerre aux cartels
Réunis à Ebolowa dans le cadre du projet international GUARD Wildlife, les acteurs de la chaîne sécuritaire et judiciaire camerounaise affinent leur stratégie pour traiter le braconnage non plus comme une simple infraction écologique, mais comme une variante de la criminalité organisée.
Le Cameroun change de doctrine face au pillage de sa biodiversité. La réponse publique contre le trafic des espèces protégées s’apprête à passer à la vitesse supérieure. Dans le cadre d’un atelier consultatif du corridor Sud organisé à Ebolowa, les hauts responsables des Douanes, des forces de sécurité, de la justice et de l’administration forestière ont jeté les bases d’une coordination opérationnelle musclée contre le braconnage d’envergure.
L’époque où la criminalité faunique était appréhendée comme un délit mineur de conservation est définitivement révolue. L’enjeu dépasse désormais la seule surveillance des parcs nationaux. Porté par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et adossé à un financement de l’Union européenne, le projet GUARD Wildlife (Global United Action to Reduce and Dismantle Wildlife Crime) affiche une ambition chirurgicale : cibler, traquer et démanteler les réseaux mafieux internationaux qui structurent et tirent profit de ces flux illicites.
L’aveu d’échec des anciennes méthodes
Cette offensive s’inscrit dans la droite ligne de la refonte stratégique opérée par Yaoundé. Validée et rendue exécutoire, la Stratégie nationale de lutte contre le braconnage et la criminalité faunique consacre un virage sémantique et opérationnel majeur. L’État camerounais y reconnaît explicitement que le commerce illégal d’espèces sauvages s’est mué en une criminalité globale, intrinsèquement connectée à la grande corruption, au blanchiment d’argent, aux trafics transfrontaliers d’armes et à l’insécurité régionale.
Le document stratégique pose un diagnostic lucide mais sévère : les réponses antérieures, calquées sur la stratégie de contrôle forestier et faunique mise en œuvre, ont produit des résultats largement insuffisants. Face à des syndicats du crime ultra-mobiles et surarmés, les patrouilles classiques d’éco-gardes ont montré leurs limites. Les cartels de la faune s’appuient désormais sur des chaînes logistiques transnationales complexes et des techniques de dissimulation hautement sophistiquées, calquées sur les méthodes des narcotrafiquants.
Le renseignement douanier en première ligne
Pour inverser le rapport de force, le Cameroun place l’administration des Douanes au cœur du dispositif de riposte. Grâce à l’expertise de l’Organisation mondiale des douanes (OMD) mobilisée par le projet GUARD Wildlife, l’accent est mis sur le renseignement criminel. L’objectif est d’intercepter les cargaisons de pointes d’ivoire, de peaux de panthères ou de pangolins directement sur les corridors commerciaux sensibles avant qu’elles ne quittent le territoire national par les ports et aéroports.
L’ambition affichée à Ebolowa est séduisante sur le papier. Cependant, la réussite de cette mue institutionnelle se jouera sur le terrain. L’efficacité de cette montée en puissance dépendra moins de la multiplication des ateliers de concertation que de l’octroi de moyens tactiques réels aux brigades de terrain, de l’instruction de dossiers judiciaires solides et de l’obtention de condamnations lourdes et dissuasives devant les tribunaux. Le Cameroun joue sa crédibilité environnementale internationale sur les routes de ce trafic.
Oumarou Mey

