Menace du virus Ébola: L’État érige un bouclier sanitaire pour protéger la population
Face à la flambée de la souche Bundibugyo en RDC et en Ouganda, déclarée urgence internationale par l’OMS, Yaoundé muscle son dispositif de riposte. Entre contrôle transfrontaliers renforcés, traçage préventif et alerte maximale, le pays se prépare au pire pour garantir le meilleur.
Le spectre de la maladie à Virus Ébola plane à nouveau sur l’Afrique centrale, installant un climat de vigilance de haute intensité au niveau des États. Alors que la République Démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda voisin font face à une résurgence inquiétante du virus, le Cameroun refuse de céder à la surprise épidémiologique. C’est dans cette dynamique de riposte qu’une réunion de concertation intersectorielle et stratégique a été convoquée le 21 mai 2026 au Centre de Coordination des Opérations d’Urgence de Santé Publique (CCOUSP) à Yaoundé, avec l’objectif d’évaluer, armer et verrouiller le système de préparation national pour tuer dans l’œuf toute tentative d’importation du virus sur le territoire national. En effet, la sonnette d’alarme a retenti au plus haut niveau de la gouvernance sanitaire mondiale puisque le 17 mai 2026, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a formellement qualifié la situation, d’ « Urgence de Santé Publique de Portée Internationale (USPPI) ». Une décision lourde de sens, motivée par la fulgurance de la souche Bundibugyo, en RDC et en Ouganda, une variante hautement létale du virus Ébola.
Les chiffres consolidés au 18 mai 2026 donnent le vertige et témoignent de la gravité de la menace avec 35 cas officiellement confirmés, 132 décès suspects en cours d’investigation et pas moins de 588 contacts déjà tracés dans les zones foyers. Face à ce tableau clinique alarmant, le risque d’une extension géographique n’est plus une simple hypothèse de travail, mais une équation à résoudre d’urgence pour les pays de la sous-région. À date, le Cameroun affiche un compteur à zéro au moment de la mise sous presse de cette information et aucun cas suspect ni confirmé n’a été notifié sur l’ensemble du triangle national. Pour autant, le Ministère de la Santé Publique (MINSANTE), refuse tout triomphalisme. De ce fait, le rapport d’évaluation des risques produit par les experts nationaux révèle une subtile dualité par exemple, si la probabilité d’une importation directe est jugée « faible à modérée », notamment en raison de l’absence de frontière terrestre proche avec la province sinistrée de l’Ituri, le niveau de risque global, lui, demeure classé comme « élevé ».
Cette apparente contradiction s’explique par la réalité des flux modernes. Le Cameroun est un carrefour d’échanges dynamiques, puisque les mouvements transfrontaliers intenses au sein de la zone CEMAC, combinés à la densité des liaisons aériennes internationales, constituent autant de brèches potentielles. À cela s’ajoute une contrainte biologique majeure qui est la période d’incubation du virus Ébola qui peut s’étirer jusqu’à 21 jours. Un voyageur peut ainsi contracter le virus à l’épicentre de la crise, traverser les frontières en toute apparente santé et ne développer les premiers symptômes qu’une fois installé à Douala ou Yaoundé.
Pour faire face à ce péril imminent, le Cameroun entend capitaliser sur les solides acquis techniques et infrastructurels développés lors des précédentes crises sanitaires mondiales. Pour cela, le dispositif national de riposte s’articule autour d’un écosystème éprouvé à l’instar du CCOUSP qui agit comme la tour de contrôle opérationnelle, centralisant les données en temps réel pour une prise en charge médicale immédiate. À côté du CCOUSP est adossé les Équipes d’interventions rapides (EIR) qui se déploient sur le terrain pour isoler un foyer suspect, le Centre Pasteur du Cameroun (CPC) qui dispose des technologies de pointe capables d’identifier le virus Ébola avec précision en quelques heures, et enfin, la veille citoyenne qui met à la disposition des population un numéro vert le 1510, ce mécanisme de surveillance qui permet de capter le moindre bruit épidémiologique suspect. En maintenant ce niveau de vigilance maximale, le Cameroun fait le choix de la proactivité plutôt que du traitement de crise. Dans cette guerre de position contre un ennemi microscopique mais dévastateur, l’anticipation reste à ce jour le vaccin le plus efficace pour protéger les populations.
Arnaud Joseph Etoundi

