Coopération militaire: Yaoundé et Ndjamena renforcent leur fraternité d’armes
En recevant le ministre des armées du Tchad le 21 mai 2026, le gouvernement camerounais a réitéré son engagement à intensifier le partenariat stratégique entre les deux pays. Face aux menaces asymétriques et aux défis frontaliers, les deux nations harmonisent leurs tactiques pour garantir une résilience commune et protéger le corridor économique vital qui les lie.
Au lendemain de la célébration de la 54e édition de la fête nationale de l’Unité, le Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense, Joseph Béti Assomo a reçu en audience le 21 mai 2026 à Yaoundé, son homologue le Général Issakha Malloua Djamous, Ministre des Armées, des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre de la République du Tchad. Le point d’orgue de cette séquence diplomatique a sans nul doute été le défilé du 20 mai, marqué par le détachement cette année de la Garde Nationale et Nomade du Tchad, qui était le symbole vivant d’une osmose militaire. En défilant d’un pas cadencé aux côtés des Forces de Défense camerounaises, les soldats tchadiens ont envoyé un message fort à la sous-région qu’en cas de menace, les deux nations forment un seul et même bloc. Pour les observateurs de la scène géopolitique, cette participation du Tchad au défilé du Mai au Cameroun marque la volonté du Président Paul Biya et de son homologue tchadien d’institutionnaliser une solidarité qui dépasse les cadres habituels des sommets de la CEMAC et de la CEEAC
Lors de la séance de travail au Ministère de la Défense à Yaoundé, les échanges entre le ministre camerounais et son homologue tchadien ont porté sur les défis sécuritaires. Le bassin du Lac Tchad reste, malgré les succès militaires engrangés ces dernières années, une zone de haute volatilité. La résurgence de menaces asymétriques et la porosité des frontières imposent une collaboration sans faille, c’était l’occasion pour le ministre Joseph Beti Assomo et le Général Issakha Malloua Djamous de passer en revue les mécanismes de renseignement partagé et les opérations conjointes. En effet, la sécurité du Tchad étant indissociable de celle du Cameroun, semble être le mantra qui guide les décisions prises entre les deux États. Cette doctrine de défense commune est le fruit d’une décennie d’épreuves partagées, notamment dans la lutte acharnée contre les groupes terroristes qui tentent en vain de déstabiliser les zones septentrionales des deux pays.
Une interdépendance économique et militaire
Si la coopération militaire est le fer de lance de cette relation, elle s’adosse à une réalité économique indiscutable à savoir le pipeline Tchad-Cameroun. Cette gigantesque infrastructure qui est la véritable colonne vertébrale énergétique reliant les champs pétrolifères de Doba au Tchad au terminal de Kribi au Cameroun, est le lien ombilical qui force les deux nations à une paix durable. Le protéger, c’est garantir la survie économique des deux pays. En effet, la coopération militaire n’est pas une fin en soi, mais le garant nécessaire du développement. En assurant la sécurité de ce corridor vital, les armées camerounaises et tchadiennes sécurisent le quotidien de millions de citoyens assurant ainsi une diplomatie mutuelle qui se joue loin des discours convenus.
Dans une Afrique centrale souvent fragmentée par des crises internes, l’axe Yaoundé-N’Djamena fait figure d’exception alors que certains pays voisins peinent à coordonner leurs efforts militaires, le Cameroun et le Tchad ont su instaurer un climat de confiance rare. La récurrence des échanges de haut niveau entre les ministères de la Défense des deux pays, permet une réactivité face aux imprévus, qu’il s’agisse de crises humanitaires, de mouvements de populations ou d’attaques terroristes. L’entretien du 21 mai 2026, a permis de jeter les bases d’une harmonisation plus poussée des tactiques de terrain. Ainsi, la convergence de vues entre Yaoundé et N’Djamena sur les enjeux stratégiques mondiaux, notamment dans un contexte de reconfiguration des alliances internationales en Afrique, place ces deux pays comme des pôles de stabilité incontournables.
Arnaud Joseph Etoundi

