Protection sociale: Le défi de la prévention avec des moyens limité

Du  13 au 15 octobre 2026, Douala accueille le cinquième Congrès scientifique international de la Société camerounaise de sécurité et de santé au travail (SCSST).

Au Cameroun, la protection de la santé des travailleurs se heurte à une difficulté majeure : comment prévenir efficacement les accidents et les maladies professionnelles lorsque les moyens financiers, techniques et humains sont limités ? La question concerne aussi bien les entreprises structurées que les petites unités de production, les ateliers, les chantiers et les activités exercées dans l’économie informelle.

C’est autour de cette problématique que se tiendra, du 13 au 15 octobre 2026 à Douala, le cinquième Congrès scientifique international de la Société camerounaise de sécurité et de santé au travail (SCSST).L’annonce est faite au cours d’un point de presse tenu le 9 octobre dernier, dans la capitale économique. Organisée en partenariat avec la Faculté de médecine et des sciences pharmaceutiques de l’Université de Douala, la rencontre est placée sous le haut patronage du ministère du Travail et de la sécurité sociale, avec le parrainage du ministère de la Santé publique et de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), connaîtra la participation de 21 pays.

Le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, doit présider la cérémonie officielle d’ouverture. Des spécialistes, des responsables institutionnels, des employeurs, des représentants des travailleurs et des chercheurs sont attendus pour confronter leurs expériences et examiner les moyens de rendre la prévention plus accessible.

L’informel, un défi pour la protection des travailleurs

Le choix du thème, « La pratique de la sécurité et santé au travail en contexte de faibles ressources », renvoie à une difficulté concrète : les exigences de prévention ne se présentent pas de la même manière selon la taille des structures, leurs activités et leurs capacités financières.

Dans les petites entreprises et les activités informelles, l’accès aux équipements de protection, à la formation et à la médecine du travail peut constituer un obstacle. Pourtant, les risques liés aux machines, aux produits chimiques, aux postures pénibles ou aux environnements dangereux ne disparaissent pas lorsque les moyens manquent.

La question dépasse ainsi le seul respect des normes professionnelles. Elle touche à la protection sociale, aux conditions d’exercice des métiers et à la capacité des travailleurs à préserver leur santé sans compromettre leurs revenus. Pour les organisateurs, l’enjeu est de promouvoir des solutions adaptées aux réalités du terrain, sans renoncer aux exigences fondamentales de sécurité.

La prévention doit également être envisagée comme un investissement. Un accident peut entraîner une interruption d’activité, des dépenses de soins, une perte de revenus et des difficultés durables pour la personne concernée. Anticiper les risques permet donc de limiter les conséquences humaines et économiques des incidents professionnels.

Dix axes pour rapprocher les pratiques des réalités du terrain

Les travaux scientifiques s’articuleront autour de dix sous-thèmes : la mobilisation des ressources, le financement de la prévention, la sécurité au travail dans l’économie informelle, la santé des femmes au travail, la recherche, la gestion des données, la coresponsabilité, le dialogue social, les risques chimiques ainsi que la santé mentale et les risques psychosociaux.

Cette diversité traduit l’étendue des questions à traiter. La prévention ne repose pas uniquement sur les équipements ou les contrôles. Elle suppose également des données fiables pour identifier les risques, une formation adaptée, un dialogue entre employeurs et salariés et une meilleure prise en compte des conséquences psychologiques du travail.

La santé des femmes constitue aussi un axe spécifique. Les contraintes physiques, les risques liés à certains postes et les expositions professionnelles appellent une attention adaptée aux conditions réelles d’exercice des métiers.

La coopération entre les pouvoirs publics, les entreprises, les experts, la CNPS et les partenaires internationaux, dont l’Organisation internationale du travail (OIT), doit favoriser le partage des connaissances et l’élaboration de réponses adaptées.

Reste la question de leur application. Les échanges scientifiques ne suffiront pas, à eux seuls, à modifier les pratiques dans les entreprises. Leur portée dépendra de la capacité des acteurs à traduire les recommandations en actions concrètes, à mobiliser les ressources nécessaires et à assurer un suivi dans la durée.

À Douala, le congrès devra ainsi contribuer à rapprocher les principes de prévention des réalités quotidiennes des travailleurs. L’enjeu est de faire de la sécurité et de la santé au travail une composante effective de l’activité économique, y compris là où les moyens restent limités.

 

Diane Kenfack

 

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