Djibril Cavaye Yeguie: Les ultimes adieux de la Nation
Deux semaines après son inhumation, la République a rendu, ce 23 mai, un dernier hommage à celui qui a occupé le perchoir de l’Assemblée nationale pendant 34 ans.
À l’occasion d’obsèques officielles instituées par le chef de l’État Paul Biya, le Cameroun a salué, ce 23 mai 2026, la mémoire de Cavaye Yéguié Djibril au cours d’une cérémonie d’hommage national organisée en son honneur dans son village natal de Mada Kolkoch, dans l’arrondissement de Tokombéré, région de l’Extrême-Nord. Un dernier hommage empreint de gravité et d’émotion à celui qui aura été pendant plus de trois décennies le président de la chambre basse du parlement.
Décédé le 6 mai dernier à l’âge de 86 ans, Djibril Cavaye Yeguie avait été inhumé quelques heures après sa disparition, conformément aux prescriptions de la religion musulmane dont il était un fidèle croyant. Mais au-delà de cette sépulture discrète et rapide imposée par le rite islamique, l’État camerounais tenait à honorer officiellement la mémoire d’un homme qui aura durablement marqué l’histoire institutionnelle du pays.
Pour cette cérémonie solennelle instituée par le président de la République, Paul Biya, c’est l’actuel président de l’Assemblée nationale, Théodore Datouo, qui a représenté le chef de l’État. Entouré de plusieurs membres du gouvernement, d’autorités administratives, traditionnelles et religieuses, ainsi que d’anciens collaborateurs du défunt, il a transmis le message de reconnaissance de la nation à l’endroit de celui qui fut l’un des plus influents responsables politiques des trente dernières années.
L’ancien président de l’Assemblée nationale avait accédé au perchoir le 31 mars 1992, dans un contexte politique marqué par l’ouverture démocratique et les recompositions au sommet de l’État. Choisi par Paul Biya pour succéder à la génération des dirigeants anglophones qui avait jusque-là dirigé l’institution, cet enseignant d’éducation physique devenu député s’était progressivement imposé comme une figure incontournable du système politique camerounais.
Avant son accession à la tête de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril s’était déjà construit une longue carrière parlementaire. Élu député dès 1970 sous la bannière de l’Union nationale camerounaise (UNC), le parti unique fondé par Ahmadou Ahidjo, il n’avait plus quitté l’hémicycle. Questeur, puis vice-président de l’Assemblée nationale, il gravit méthodiquement tous les échelons avant de parvenir à la présidence de l’institution.
Sa longévité exceptionnelle restera sans doute l’un des marqueurs les plus forts de son parcours. Pendant plus de trois décennies, il aura résisté aux remaniements politiques, aux critiques internes et aux évolutions constitutionnelles, notamment la réforme de 2008 qui avait retiré au président de l’Assemblée nationale son statut de dauphin constitutionnel au profit du président du Sénat.
Si ses partisans louent un homme de discipline et de fidélité aux institutions, ses détracteurs lui ont souvent reproché une gouvernance centralisée de l’Assemblée nationale ainsi qu’une forte personnalisation du pouvoir au sein de l’institution parlementaire. Des critiques qui n’auront cependant jamais réussi à fragiliser durablement son autorité.
Ironie de l’histoire, Cavaye Yéguié Djibril a quitté la scène, quelques jours seulement après avoir été remplacé au perchoir par Théodore Datouo. Avec sa disparition, c’est une page importante de la vie politique camerounaise qui se tourne.
Julien Efila

