Nourane Fotsing: « Je laisse aujourd’hui un fauteuil pour un tabouret »

Quelques heures après avoir quitté le Pcrn, la députée de Wouri-Est a publié une vidéo sur sa page Facebook dans laquelle elle revient sur les raisons de sa rupture, annonce son adhésion au PSG et dévoile son intention de briguer un nouveau mandat aux prochaines législatives.

Il arrive dans la vie d’une femme, ou d’un homme, un moment où il faut avoir le courage de tourner une page, non pas parce qu’on a cessé de croire en ses convictions, mais précisément parce qu’on refuse de les abandonner. Depuis ma tendre enfance, j’ai toujours nourri une ambition, celle de servir mes convictions, d’être utile à mon pays et de contribuer, à mon niveau, à l’amélioration des conditions de vie des Camerounais. Bien avant mon entrée en politique, j’avais déjà fait de cette ambition une réalité. Mes entreprises ont créé plus de 50 emplois permanents.

En 2018, mon époux et moi avons décidé, sans aucun calcul politique, de soutenir la candidature de Cabral Libii à l’élection présidentielle. Nous avions été sensibles à son discours et à sa perspective d’un renouvellement de la vie politique camerounaise. En février 2020, portée par la confiance des populations de Wouri-Est et au terme d’une campagne électorale particulièrement intense, j’ai eu l’immense honneur d’être élue députée de la nation sous les couleurs du Pcrn. Ce jour-là, je n’ai pas simplement remporté une élection. J’ai contracté un engagement envers les populations qui m’avaient accordé leur confiance. Et depuis lors, j’ai essayé, avec mes moyens, mes convictions et toute mon énergie, d’honorer cet engagement.  Je suis fière d’avoir essayé de faire de mon mandat un instrument d’action concrète.

Au cours des dernières années, des divergences sont apparues entre ma formation politique et moi. J’ai pris le temps d’observer, de réfléchir et d’espérer que le dialogue permettrait de surmonter nos désaccords. J’ai notamment été profondément blessée par des attaques personnelles et des propos très désobligeants, le silence des instances dirigeantes face aux propos que je considère comme injurieux et communautaristes parfois, tenus par certains cadres à l’encontre d’autres communautés, ainsi que l’absence de rappel à l’ordre de proches collaborateurs ayant personnellement adressé des insultes abjectes.

Ces situations ont profondément dégradé ma confiance en le parti et sa direction. Le retrait de mon portrait du site officiel du Pcrn, le 20 juin 2026, sans explication qui m’a été communiquée, a constitué un tournant dans ma réflexion. J’ai toujours considéré que les divergences politiques devraient pouvoir s’exprimer dans le respect mutuel. C’est pourquoi, après mûre réflexion, j’ai décidé de remettre, à compter de ce jour, ma démission du Parti camerounais pour la réconciliation nationale.

Je prends cette décision sans haine, sans volonté de revanche. Je remercie les militants du Pcrn, les responsables et les sympathisants avec lesquels j’ai partagé des années de travail, de campagne et d’engagement. Je conserve de cette expérience des enseignements précieux et des souvenirs que nos divergences actuelles ne peuvent effacer. Je laisse aujourd’hui un fauteuil pour un tabouret. Je laisse le prestige d’une appartenance politique établie pour retrouver la simplicité de mes débuts.

Je renonce aux éventuelles perspectives de nomination pour rester fidèle à la femme que j’ai toujours été : une entrepreneure, une commerçante, une mère de famille et une citoyenne attachée à son pays. Cette commerçante de mèches, comme certains aiment m’appeler, je n’ai jamais eu honte de mon parcours. Je connais la valeur du travail, les difficultés de l’entrepreneuriat et le courage nécessaire pour recommencer après un échec ou une déception.

Recommencer n’est pas une fatalité.

C’est le quotidien que des millions de Camerounais connaissent, qui chaque matin prennent le chemin du travail et poursuivent leur projet malgré les obstacles. Aujourd’hui, je fais aussi le choix d’un nouveau départ. Je voudrais, à cet instant, adresser des remerciements particuliers à mon époux, président national du mouvement Impact 100. Je le remercie pour son accompagnement, pour l’initiative que nous avons portée ensemble et pour son engagement dans la création de ce mouvement, officiellement lancé à Douala le 8 août 2026.

Je tiens aussi à remercier chaleureusement le président national du Pacte social pour la Gouvernance (PSG), pour l’effort qu’il déploie depuis plusieurs mois afin de rendre possible une synergie entre Impact 100 et le PSG. J’espère que cette collaboration offrira un cadre de travail constructif, dans le respect de l’identité, des instances et des responsabilités propres à chacune de nos organisations. À l’issue de cette réflexion, j’annonce aujourd’hui mon adhésion au PSG. J’annonce également mon intention de présenter ma candidature aux prochaines élections législatives, dans la circonscription de Wouri-Est, dans le respect des conditions prévues par la législation électorale.

Je souhaite poursuivre mon engagement, particulièrement sur la question de la santé, de l’éducation, de l’emploi et des infrastructures. Je continuerai à défendre le principe selon lequel chaque Camerounais est chez lui, partout sur le territoire national. Je remercie une nouvelle fois les populations de Wouri-Est pour la confiance qu’elles m’ont accordée depuis 2020. Et je sollicite une fois de plus votre accompagnement et votre soutien.

Propos retranscris par H. T.

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