Affaire « Sino Smart »: Le magasin esclavagiste chinois rouvert
Après sa fermeture le 5 mai dernier à la suite de la diffusion d’une vidéo montrant un employé camerounais bastonné dans ses locaux, l’espace marchand situé dans l’arrondissement de Yaoundé 1er a rouvert ses portes ce 23 mai, relançant le débat sur la protection réelle des travailleurs face à certains employeurs puissants.
Le supermarché « Sino Smart » a officiellement repris ses activités ce 23 mai dans l’arrondissement de Yaoundé 1er. Ceci moins de trois semaines après le scandale des vidéos montrant un employé camerounais frappé à l’intérieur de cette enseigne commerciale chinoise, sur instruction des responsables de l’établissement.
Présentée comme l’aboutissement d’un processus qui intervient après des concertations entre les autorités administratives, les responsables de l’entreprise et les employés, cette réouverture précipitée est tout de même perçue par bon nombre de Camerounais comme une volonté d’éteindre au plus vite une affaire devenue embarrassante pour tout le monde, au nom du business.
Jugée prématurée, la réouverture encadrée par les autorités de l’enseigne chinoise laisse alors un goût amer chez certains citoyens. Beaucoup estiment que les impératifs économiques semblent déjà avoir pris le dessus sur les exigences de vérité et de justice.
Pour plusieurs observateurs, cette affaire pose une question plus profonde : celle de la protection réelle des travailleurs camerounais face à certains employeurs puissants, souvent soutenus par des enjeux diplomatiques et économiques majeurs.
Sur le terrain, plusieurs observateurs s’interrogent en outre : la page est-elle réellement tournée ? Car si certains employés ont repris le travail, difficile de savoir dans quelles conditions cette reprise s’effectue réellement. Entre nécessité de conserver son emploi et climat de peur installé après les violences révélées au grand public, nombreux sont ceux qui préfèrent désormais garder le silence.
Toutefois, à Élig-Edzoa, où s’est tenue la cérémonie, les autorités administratives et les représentants du ministère du Travail et de la sécurité sociale ont multiplié les appels à la sérénité. Le directeur des affaires générales du ministère, représentant le ministre empêché, a indiqué que le dossier suit désormais son cours devant le tribunal militaire. Une manière pour les autorités de renvoyer l’affaire à la justice tout en évitant de prolonger une polémique qui avait provoqué une onde de choc sur les réseaux sociaux.
Pour sa part, le directeur général de Sino Smart s’est montré reconnaissant envers le gouvernement pour son accompagnement dans la résolution de la crise. Il a également insisté sur la nécessité de préserver les relations entre le Cameroun et la Chine.
Dans les jours ayant suivi la diffusion des vidéos devenues virales, l’émotion avait pourtant été immense dans l’opinion publique camerounaise. Les images montraient un employé violemment agressé, suscitant indignation, colère et appels à des sanctions exemplaires contre les auteurs de ces actes. Des internautes avaient dénoncé des traitements humiliants infligés à des travailleurs camerounais au sein de certaines entreprises étrangères opérant dans divers secteurs.
Face à la pression populaire, les autorités avaient alors ordonné la fermeture provisoire du supermarché. Des interpellations avaient eu lieu, dont celle d’un militaire camerounais qui infligeait le traitement dégradant à l’interprète tchadien, ainsi que l’un des donneurs d’ordres. Une décision saluée à l’époque par de nombreux Camerounais qui y voyaient un signal fort contre les abus et les violences au travail.
Julien Efila

