Budget 2026: De l’ambition à la rectification

Alors que le budget 2026 de l’État avait été initialement adopté fin 2025 et bâti sur une ambition de stabilité à 8 816,4 milliards de FCFA, le fracas des armes au Moyen-Orient vient une nouvelle fois bousculer la calculatrice de Louis Paul Motaze.

À Washington, en marge des assemblées de printemps du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque mondial, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a lâché une information qui, bien que prévisible, sonne comme un aveu de vulnérabilité. À cet effet, le Cameroun s’apprête à réviser, pour la neuvième année consécutive, sa loi de finances. En cause, l’onde de choc économique d’un conflit embrasant le Moyen-Orient, qui met à mal une programmation budgétaire pourtant ambitieuse.  C’est dans l’atmosphère feutrée mais électrique des institutions de Breton Woods que le couperet est tombé. Alors que les délégations internationales scrutent avec inquiétude l’escalade militaire entre les États-Unis Israël et l’Iran, le Cameroun, situé à des milliers de kilomètres de l’épicentre du conflit ; en ressent déjà les premières secousses sismiques sur ses comptes publics.

Le budget 2026, initialement arrêté à 8 816, 4 milliards de FCFA, ne résistera pas à la réalité du terrain. Louis Paul Motaze, grand argentier de l’État, a confirmé que les hypothèses de base ayant servi à l’élaboration de la loi de Finances initiale sont désormais caduques. Le baril de pétrole, qui servait de boussole aux prévisionnistes de Yaoundé, s’est emballé, franchissant la barre symbolique des 120 dollars sous l’effet des tensions dans le détroit d’Ormuz. Pour le Cameroun, pays producteur de pétrole, une hausse des cours mondiaux devrait en théorie, être une bénédiction. Les recettes d’exportations gérées par la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), s’annoncent effectivement records. Cependant, ce gain mécanique cache un revers de la médaille bien plus sombre, notamment l’explosion de la facture des subventions aux carburants. Le pays dont la capacité de raffinage reste limitée depuis l’incendie de la Société Nationale de Raffineries (SONARA) en 2019, importe, la quasi-totalité de ses produits finis à l’instar de l’essence, du gasoil, du jet A1 . Si le prix à la pompe reste gelé pour préserver la paix sociale, l’État doit compenser le manque à gagner des marketeurs par des subventions massives.  C’est pourquoi en 2026, cette ligne budgétaire menace d’engloutir les excédents de recettes pétrolières, créant un effet de « vase communiquant » stérile pour le développement des infrastructures.

L’inflation

Au-delà des grands agrégats macroéconomiques, c’est le panier de la ménagère qui est en ligne de mire. Le conflit au Moyen-Orient ne fait pas que renchérir le carburant, il déstabilise l’ensemble du commerce mondial. Le coût du fret maritime explose, et avec lui, le prix des produits importés et des intrants agricoles. Dans les grandes métropoles comme Yaoundé et Douala, la crainte d’une nouvelle flambée des prix des denrées de base est palpable. Le gouvernement se retrouve face à un dilemme cornélien, celui d’augmenter les prix à la pompe pour soulager le budget de l’État au risque de provoquer des émeutes sociales ou maintenir les subventions au prix d’un endettement accru et d’un gel des investissements publics dans la santé ou l’éducation.

En définitive, le Cameroun se retrouve une fois de plus à la merci des vents contraires qu’il ne maîtrise pas. Si la croissance est toujours projetée autour de 4%, elle semble de plus en plus fragile, suspendue à la trajectoire des missiles au Proche- Orient.

Arnaud Joseph Etoundi

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