Affaire SDF-PURS: Joshua Osih débouté par le Conseil constitutionnel
Accusé de plagiat par le Social democratic Front (SDF), le Parti uni pour la réconciliation sociale (PURS) obtient gain de cause et dénonce une diversion nuisible à l’unité de l’opposition.
Le bras de fer entre deux partis de l’opposition camerounaise aurait pu prêter à sourire s’il ne révélait pas, en creux, les fractures profondes d’un camp censé faire front commun contre le parti au pouvoir. Le 22 août dernier, le Conseil constitutionnel a rejeté le recours introduit par le SDF, qui accusait le PURS de plagiat de bulletin de vote.
Dans sa plainte, déposée deux jours plus tôt, Joshua Osih accusait nommément le candidat du PURS, Serge Espoir Matomba, d’avoir reproduit des éléments caractéristiques de son bulletin de vote. Il s’agirait, entre autres, de la couleur du bulletin, de la posture du candidat, de l’uniforme porté et même du logo. Des similitudes jugées suffisamment sérieuses pour pousser le SDF à saisir la plus haute juridiction électorale du pays.
Mais la jugement des juges de l’instance dirigée par Clément Atangana a été sans appel. Elle a récusé la requête du parti de la balance, estimant que les éléments apportés ne permettaient pas de conclure à un plagiat manifeste.
Une décision accueillie avec soulagement dans le camp du PURS, qui a immédiatement tenu une mise au point face à la presse, ce même 22 août, à Yaoundé. Face aux caméras, le porte-parole du président du PURS a exprimé sa « surprise » et son « incompréhension » devant ce qu’ils qualifient de manœuvre déstabilisatrice. « C’est avec beaucoup de surprise que nous avons pris connaissance du recours déposé par le candidat Joshua Osih », a-t-il déclaré, estimant que le contenu du recours relevait plus de la distraction que de la réalité politique.
Le parti de Serge Espoir Matomba a tenu à démonter un à un les arguments du SDF. Premier point : la posture du candidat. Le SDF affirme que, depuis 1992, ses candidats apparaissent toujours avec le poing levé sur leur bulletin. « C’est faux », rétorque le PURS, rappelant que lors de la dernière présidentielle, le bulletin de Joshua Osih ne présentait aucun poing levé. Deuxième point : l’uniforme du candidat. Le SDF reproche à Serge Espoir Matomba d’avoir imité le style vestimentaire de Joshua Osih, en l’occurrence un boubou. « Encore un autre mensonge », balaie le PURS. « Sur la photo validée, notre candidat porte une chemise blanche, pas un boubou. »
Troisième accusation : le changement supposé du bulletin de vote par le PURS après avoir consulté celui du SDF à l’Imprimerie nationale. Une manœuvre que le PURS juge non seulement « grave », mais surtout « puérile ». Pour le parti, cette allégation frise le ridicule, d’autant que, conformément aux instructions du directeur général d’Elecam, chaque candidat devait passer confirmer ses logos, couleurs et photo avant le 11 août.
L’autre point de discorde se situe au niveau des couleurs. Le SDF soutient que le rouge du PURS et le rose de son propre bulletin peuvent porter à confusion auprès des électeurs. Une confusion jugée improbable par le mandataire de Serge Espoir Matomba : « Il n’y a qu’un daltonien pour confondre ce rouge et ce rose. »
Quant à l’accusation de plagiat d’emblème, le PURS s’en amuse. « Nous avons deux emblèmes complètement différents. Le nôtre montre un soleil levant éclairant une main qui dessine le Cameroun. Celui du SDF est une balance. Où est la ressemblance ? », questionne-t-il.
Au-delà de la technicité de ce litige électoral, cette affaire révèle un malaise plus profond dans les rangs de l’opposition camerounaise. À quelques semaines d’échéances cruciales, certains électeurs se disent désabusés face à ces querelles de forme, pendant que le Rassemblement démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) continue de renforcer son assise après 43 années au pouvoir.
Julien Efila

