Accès à l’eau: Camwater et le HCR s’allient
Face à la pression démographique et au stress hydrique qui fragilisent la région de l’Extrême-Nord, une convention signée le 30 juin 2026 à Yaoundé entre la Cameroon Water Utilities et le Haut-Commissariat pour les Réfugiés vise à renforcer l’accès à l’eau potable dans le camp de Minawao et ses environs, en passant de l’urgence humanitaire à des infrastructures publiques durables, avec l’appui de l’Union Européenne et la GIZ.
Blaise Moussa, Directeur Général de la Cameroon Water Utilities (Camwater) et Yvette Muhimpundu, Représentante résidente du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) au Cameroun, ont signé le 30 juin 2026 à Yaoundé, une Convention de partenariat visant à garantir un accès durable à l’eau potable pour les dizaines de milliers de réfugiés et des populations hôtes de la région de l’Extrême-Nord, avec en ligne de mire le camp de Minawao. Financé avec le soutien de l’Union européenne (UE) et de la Coopération allemande (GIZ), ce projet baptisé « Solutions alternatives au Camp de Minawao », marque un virage stratégique dans la gestion des crises humanitaires au Cameroun. Crée en 2013 pour accueillir les familles nigérianes fuyant les exactions de la secte terroriste Boko Haram, le camp de Minawao est rapidement devenu une véritable « ville dans la brousse ». Conçu initialement pour une capacité d’accueil limitée, le site compte aujourd’hui près de 80 000 âmes. Cette explosion démographique soudaine d’est heurtée à la dure réalité de l’Extrême-Nord du Cameroun à l’instar du climat sahélien, la rareté des pluies et la baisse progressive des nappes phréatiques.
Pendant des années, l’approvisionnement en eau a relevé du miracle quotidien et de la perfusion humanitaire. Des camions-citernes affrétés à grands frais par les Organisations non gouvernementales (ONG), sillonnaient les pistes pour distribuer des rations minimales. Une solution coûteuse, polluante et par nature, éphémère. Pire encore, le pompage intensif dans les rares forages locaux a fini par tarir les puits des villages environnants, créant des frustrations légitimes et risques d’affrontements entre réfugiés et populations autochtones pour l’accès aux points d’eau et c’est précisément ce nœud gordien que la nouvelle alliance signée le 30 juin 2026 à Yaoundé entre la CAMWATER et le HCR entend trancher. « Cette collaboration ne se contente pas répondre à une crise, elle jette les bases d’un service public inclusif et pérenne », a souligné Blaise Moussa lors de la cérémonie. Pour cet accord, la CAMWATER apportera son savoir-faire pour concevoir, dimensionner, réaliser et superviser de nouveaux ouvrages hydrauliques. Il s’agit de connecter le camp de Minawao et ses communs hôtes à des réseaux d’adduction d’eau modernes.
De son côté, le HCR maintient sa mission régalienne de protection des réfugiés et de mobilisation des financements internationaux et l’agence onusienne veillera à ce que les infrastructures soient déployées de manière équitable. En intégrant les villages camerounais voisins dans le schéma de distribution, le projet désamorce les tensions de voisinage et renforce la cohésion sociale. À terme, lorsque la situation sécuritaire permettra le retour définitif des réfugiés au Nigéria, les installations de tuyauteries, les châteaux d’eau et les stations de pompage financés aujourd’hui ne seront pas démontés. Ils resteront la propriété de l’État camerounais continueront à desservir les populations de l’Extrême-Nord, transformant une crise humanitaire en un accélérateur de développement régional. Yvette Muhimpundu a salué l’engagement des autorités camerounaises, qualifiant le pays de « modèle de solidarité africaine ». En alignant cette initiative sur les Objectifs de Développement Durable des Nations Unies notamment l’ODD 6 garantissant l’accès universel à l’eau potable, la Camwater réaffirme son rôle de bras séculier de l’État en matière de justice sociale et d’aménagement du territoire.
Arnaud Joseph Etoundi

